Des membres du corps de la marine sud-coréenne brûlent une image du leader nord-coréen Kim Jong-il. Hwang Jung-hyon/Reuters
Pour Peter Beck, spécialiste des affaires internationales à l'université Keio de Tokyo, la réunification « a plus de chances d'être violente que pacifique », car le pouvoir nord-coréen est stable, avec une équipe en place fidèle à Kim Jong-il et à son successeur présumé, son fils Kim Jong-un. L'hypothèse d'une lutte pour le pouvoir à Pyongyang à la mort de Kim Jong-il, qui affaiblirait le régime, est peu probable, juge également Kim Yeon-chul, de l'université sud-coréenne Inje. « Le sort de l'élite nord-coréenne est lié à celui du régime en place et la passation des pouvoirs en faveur de l'héritier apparent (Jong-un), a été solidement préparée », estime-t-il.
Concernant la Chine, même si les dirigeants chinois, selon les câbles diplomatiques révélés par Wikileaks, estiment que la Corée du Nord est allée trop loin en procédant à son deuxième essai nucléaire l'an passé, il n'en reste pas moins que Pékin a encore besoin de son allié. « Les dirigeants chinois de la nouvelle génération perdent patience avec la Corée du Nord, mais les principaux responsables sont déterminés à rester à ses côtés », a estime M. Beck. « Il ne fait pas de doute que Pékin veut conserver la Corée du Nord comme un État tampon. De ce fait, les perspectives de réunification se sont éloignées », ajoute-t-il.
Pour la plupart des analystes, si par le passé les provocations de la part de Pyongyang lui avaient permis de faire pression à la fois sur Washington et sur Séoul, il n'en est plus de même. Les États-Unis semblent peu pressés de reprendre les négociations et ont rejeté mardi une proposition chinoise de discussions à six pays sur la Corée du Nord. Le gouvernement sud-coréen n'a, lui, que peu de latitude et devrait encore durcir sa position vis-à-vis de Pyongyang. « Dans ces conditions, estime Jeung Young-tae, chercheur à l'Institut sud-coréen pour l'unification, il est fort possible que le régime de Pyongyang se trouve en grande difficulté, du fait par exemple des frustrations d'une population en proie à des pénuries alimentaires. » In fine, « cette stratégie à risque pourrait avoir un effet boomerang pour le régime », juge-t-il.
Pékin, tout en préférant le statu quo, « n'interviendra pas pour défendre la dynastie des Kim ou n'enverra pas son armée pour empêcher la chute du régime », assure Robert Dujarric, directeur de l'Intitut des études asiatiques à l'université japonaise Temple. Bien que l'avenir de la dernière dynastie communiste soit difficilement prévisible, « le régime pourrait tomber sans qu'on s'y attende. Dans ce cas, l'unification interviendrait rapidement ». Encore faudrait-il que Séoul le veuille vraiment, ce dont les analystes doutent, en raison notamment du coût faramineux de la réunification. « Presque personne ne veut une réunification dans l'immédiat », car Séoul n'y est préparé ni sur le plan politique ni sur le plan économique ou social, selon M. Dujarric.

