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Moyen Orient et Monde - Analyse

Les rêves de réunification pacifique des deux Corées s’estompent

La Chine, l'un des rares soutiens de Pyongyang, a tout de même intérêt, selon les analystes, à conserver un État tampon entre elle et une Corée du Sud proaméricaine.

Des membres du corps de la marine sud-coréenne brûlent une image du leader nord-coréen Kim Jong-il. Hwang Jung-hyon/Reuters

Le récent bombardement d'une île sud-coréenne par l'armée nord-coréenne a donné un sérieux coup d'arrêt aux rêves d'une réunification progressive et pacifique entre les deux frères ennemis séparés par la dernière frontière issue de la guerre froide, estiment des experts. Les bombardements meurtriers de la semaine dernière, les premiers visant une zone civile depuis la guerre de Corée (1950-53), s'ajoutant aux révélations sur le programme nord-coréen d'enrichissement d'uranium, ont encore attisé l'animosité entre le Nord et le Sud.
Pour Peter Beck, spécialiste des affaires internationales à l'université Keio de Tokyo, la réunification « a plus de chances d'être violente que pacifique », car le pouvoir nord-coréen est stable, avec une équipe en place fidèle à Kim Jong-il et à son successeur présumé, son fils Kim Jong-un. L'hypothèse d'une lutte pour le pouvoir à Pyongyang à la mort de Kim Jong-il, qui affaiblirait le régime, est peu probable, juge également Kim Yeon-chul, de l'université sud-coréenne Inje. « Le sort de l'élite nord-coréenne est lié à celui du régime en place et la passation des pouvoirs en faveur de l'héritier apparent (Jong-un), a été solidement préparée », estime-t-il.
Concernant la Chine, même si les dirigeants chinois, selon les câbles diplomatiques révélés par Wikileaks, estiment que la Corée du Nord est allée trop loin en procédant à son deuxième essai nucléaire l'an passé, il n'en reste pas moins que Pékin a encore besoin de son allié. « Les dirigeants chinois de la nouvelle génération perdent patience avec la Corée du Nord, mais les principaux responsables sont déterminés à rester à ses côtés », a estime M. Beck. « Il ne fait pas de doute que Pékin veut conserver la Corée du Nord comme un État tampon. De ce fait, les perspectives de réunification se sont éloignées », ajoute-t-il.
Pour la plupart des analystes, si par le passé les provocations de la part de Pyongyang lui avaient permis de faire pression à la fois sur Washington et sur Séoul, il n'en est plus de même. Les États-Unis semblent peu pressés de reprendre les négociations et ont rejeté mardi une proposition chinoise de discussions à six pays sur la Corée du Nord. Le gouvernement sud-coréen n'a, lui, que peu de latitude et devrait encore durcir sa position vis-à-vis de Pyongyang. « Dans ces conditions, estime Jeung Young-tae, chercheur à l'Institut sud-coréen pour l'unification, il est fort possible que le régime de Pyongyang se trouve en grande difficulté, du fait par exemple des frustrations d'une population en proie à des pénuries alimentaires. » In fine, « cette stratégie à risque pourrait avoir un effet boomerang pour le régime », juge-t-il.
Pékin, tout en préférant le statu quo, « n'interviendra pas pour défendre la dynastie des Kim ou n'enverra pas son armée pour empêcher la chute du régime », assure Robert Dujarric, directeur de l'Intitut des études asiatiques à l'université japonaise Temple. Bien que l'avenir de la dernière dynastie communiste soit difficilement prévisible, « le régime pourrait tomber sans qu'on s'y attende. Dans ce cas, l'unification interviendrait rapidement ». Encore faudrait-il que Séoul le veuille vraiment, ce dont les analystes doutent, en raison notamment du coût faramineux de la réunification. « Presque personne ne veut une réunification dans l'immédiat », car Séoul n'y est préparé ni sur le plan politique ni sur le plan économique ou social, selon M. Dujarric.

Le récent bombardement d'une île sud-coréenne par l'armée nord-coréenne a donné un sérieux coup d'arrêt aux rêves d'une réunification progressive et pacifique entre les deux frères ennemis séparés par la dernière frontière issue de la guerre froide, estiment des experts. Les bombardements meurtriers de la semaine dernière, les premiers visant une zone civile depuis la guerre de Corée (1950-53), s'ajoutant aux révélations sur le programme nord-coréen d'enrichissement d'uranium, ont encore attisé l'animosité entre le Nord et le Sud.Pour Peter Beck, spécialiste des affaires internationales à l'université Keio de Tokyo, la réunification « a plus de...
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