Les diplomates américains voient en Nicolas Sarkozy un « empereur nu » « susceptible et autoritaire ».
WikiLeaks et ceux qui disséminent ces informations « sont des criminels », a dénoncé Robert Gibbs, porte-parole de la présidence américaine, jugeant que ces fuites constituent « de graves violations de la loi et une menace grave pour ceux qui mènent et aident notre politique étrangère ». De son côté, la secrétaire d'État Hillary Clinton a parlé d'une « attaque contre la communauté internationale ». La chef de la diplomatie américaine a également exprimé les « profonds regrets des États-Unis quant à la divulgation d'informations destinées à être confidentielles ».
Les documents, récupérés par WikiLeaks et communiqués à plusieurs grands médias, jettent une lumière crue sur les coulisses de la diplomatie américaine. On y apprend pêle-mêle que les diplomates américains voient en Nicolas Sarkozy un homme « susceptible et autoritaire », ou que la Russie serait un « État mafieux virtuel ».
Hier, les partenaires de Washington reprenaient la rhétorique empruntée par les États-Unis, en vilipendant les méthodes du site Internet. La France a déploré une divulgation « délibérée et irresponsable » et le numéro deux du gouvernement, Alain Juppé, a jugé « scandaleux » et « irresponsable » la façon de faire de WikiLeaks. En Italie, le ministre des Affaires étrangères, Franco Frattini, a dit craindre un « 11-Septembre de la diplomatie mondiale ».
Mais les dirigeants raillés ou mis en cause dans ces notes se sont empressés d'assurer que ces « ragots », comme le dit Guido Westerwelle, ministre allemand des Affaires étrangères, ne portaient pas atteinte à leurs relations avec Washington. À l'image d'un porte-parole du Premier ministre britannique David Cameron, qui a assuré que son pays continuerait à « travailler étroitement avec les États-Unis ».
À Washington, le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a affirmé que les câbles ne mettaient pas en cause les bons rapports entre son pays et les États-Unis. Il a également indiqué que « Mme Clinton s'est excusée auprès de la Turquie ».
L'Afghanistan ne pense pas non plus que ses relations avec les États-Unis subiront des dommages, en dépit de documents décrivant le président Hamid Karzaï comme « faible » et son frère Ahmad Wali comme un baron de la drogue corrompu.
Côté américain, la riposte s'articule autour de deux axes : poursuites judiciaires et prévention contre de nouvelles fuites. Le ministre de la Justice, Eric Holder, a rappelé qu'une « enquête pénale est en cours, nous ne sommes pas en position pour l'instant de donner des résultats, mais l'enquête est en cours ».
En outre, la Maison-Blanche a annoncé avoir ordonné un passage en revue des procédures de sécurité pour éviter de nouvelles révélations.
Note discordante : le Pentagone a indiqué que la mise en place de nouvelles procédures pour empêcher le téléchargement non autorisé de données sensibles ne garantit pas contre de nouvelles fuites à l'avenir.
Toutefois, sur le plan diplomatique, des experts ont jugé hier que les révélations de WikiLeaks portent un coup à la crédibilité des États-Unis et remettent en cause de manière inquiétante la culture du secret. Après cette fuite géante de documents, les diplomates « ne diront plus ce qu'ils pensent, même dans leurs télégrammes, c'est une révolution copernicienne », relève Dominique Moïsi, conseiller à l'Institut français des relations internationales (IFRI).
Le plus lourd de conséquences, pour François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran, est « la rupture du tabou » que provoque la publication de télégrammes dressant le portrait d'acteurs de la scène internationale. Plus que les faits, « il n'y a qu'une chose véritablement secrète, ce sont les jugements sur les personnes » qui sont potentiellement dangereux, affirme-t-il.
Pascal Boniface, directeur de l'IRIS (Institut des relations internationales et stratégiques) à Paris relativise cependant la portée de cette divulgation en masse. « C'est embarrassant pour les États-Unis » sans être « un revers diplomatique majeur », estime-t-il.

