Rechercher
Rechercher

Soudan, la partition en ligne de mire

Une remise en cause de l’intangibilité des frontières en Afrique

Dans une région où les frontières, produits du colonialisme, traversent souvent des groupes ethniques, la perspective d'une sécession du Soudan suscite de nombreuses inquiétudes. « Ce qui se passe au Soudan pourrait devenir une maladie contagieuse qui affectera toute l'Afrique », déclarait Mouammar Kadhafi à l'ouverture d'un sommet afro-arabe à Syrte en Libye, le 10 octobre dernier.
Une indépendance du Sud-Soudan « n'aura pas forcément un effet en termes de création de nouveaux mouvements indépendantistes. Mais elle changera la donne pour les mouvements indépendantistes qui existent déjà, note Maria Gabrielsen. Cela dit, ces mouvements ne pourront pas facilement dire : "Regardez, le Sud-Soudan est indépendant, nous méritons de le devenir aussi." Car le processus d'accession à l'indépendance du Sud-Soudan aura été long et difficile. Il n'en demeure pas moins qu'après une indépendance du Sud-Soudan, il sera plus difficile pour les différents gouvernements centraux et pour les partenaires internationaux de justifier pourquoi certaines régions ne peuvent aller vers l'indépendance alors que le Sud-Soudan l'a pu ».
D'où la forte réticence de l'Union africaine (UA) vis-à-vis de ce référendum et le fait, comme le souligne Marie-Joëlle Zahar, que « l'UA est très impliquée dans le processus afin que le référendum se déroule de manière à ne pas ouvrir la boîte de Pandore. L'UA, au même titre que la communauté internationale d'ailleurs, veut s'assurer que le référendum soit perçu comme une solution de dernière instance, une exception à la règle et non comme la règle ». L'expérience soudanaise aura en tout cas permis à l'UA de comprendre « qu'une période de transition de six ans est trop courte, surtout quand les termes de l'accord sont si complexes », ajoute la spécialiste, qui s'attend à ce que face à des situations similaires, l'on privilégie désormais des périodes de transition beaucoup plus longues.
Il n'en demeure pas moins, pour Maria Gabrielsen, qu'après la séparation de l'Érythrée de l'Éthiopie, en 1993, « une sécession du Sud-Soudan remettrait progressivement en cause la fameuse intangibilité des frontières en Afrique ».

La question du Nil
Une indépendance du Sud-Soudan pourrait également rendre plus compliqué encore le dossier du partage des eaux du Nil. Les eaux du Nil font l'objet d'un traité élaboré en 1929 puis amendé trente ans plus tard par les pays riverains du grand fleuve, et dont l'Égypte et le Soudan sont les principaux bénéficiaires. Le traité est néanmoins jugé inique par certains pays riverains. Ainsi, en mai dernier, l'Éthiopie, l'Ouganda, la Tanzanie, le Rwanda et le Kenya ont signé un nouvel accord de partage des eaux du fleuve donnant cinq ans aux autres pays riverains pour les rejoindre avant d'appliquer l'accord. Un traité boycotté par Le Caire et Khartoum. Dans ce contexte, une sécession du Sud-Soudan, qui entraînerait de facto l'émergence d'un nouvel acteur dans ce dossier, pourrait modifier la donne et complexifier les négociations.

E.S.
Dans une région où les frontières, produits du colonialisme, traversent souvent des groupes ethniques, la perspective d'une sécession du Soudan suscite de nombreuses inquiétudes. « Ce qui se passe au Soudan pourrait devenir une maladie contagieuse qui affectera toute l'Afrique », déclarait Mouammar Kadhafi à l'ouverture d'un sommet afro-arabe à Syrte en Libye, le 10 octobre dernier. Une indépendance du Sud-Soudan « n'aura pas forcément un effet en termes de création de nouveaux mouvements indépendantistes. Mais elle changera la donne pour les mouvements indépendantistes qui existent déjà, note Maria Gabrielsen. Cela dit, ces mouvements ne pourront pas facilement dire : "Regardez, le Sud-Soudan est...