La police de Rio a repris la favela Vila Cruzeiro aux trafiquants de drogue, au terme d’une opération spectaculaire appuyée par six blindés qui a fait au moins 30 morts. Bruno Domingos/Reuters
Face à des habitants apeurés, des policiers en gilets pare-balles et lourdement armés surveillaient l'entrée de la favela de Vila Cruzeiro, mais surtout de sa voisine, Morro do Alemao, où plus de 200 narcotrafiquants se sont réfugiés après que la police eut pris le contrôle de Vila Cruzeiro la veille, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Depuis dimanche, plus de 600 membres des forces de l'ordre soutenus par six blindés ont procédé à des opérations contre les trafiquants qui ont fait au moins 30 morts. Le ministère de la Défense a annoncé dans la nuit l'envoi de 800 hommes et de dix blindés en renfort. Les affrontements entre la police et les narcotrafiquants se sont soldés par 196 arrestations et 96 voitures et bus incendiés.
Le ministre à la Sécurité publique de Rio, José Beltrame, avait annoncé jeudi d'« autres actions » policières, tout en appelant la population à garder son calme.
Des commerces rouvraient hier dans la zone, mais la peur se lisait sur les visages. « Je suis terrorisée. J'ai ouvert parce que je dois payer le loyer et les factures, mais peut-être que dans dix minutes j'aurais à fermer », dit Mariza, 44 ans, propriétaire d'un magasin de jouets proche des deux favelas. Adelina, 69 ans, presse le pas en passant devant une vingtaine de policiers. « Ils (les "narcos") sont tous là-haut dans les collines. Mais quand ça tire, la police est aussi dangereuse que les bandits. On a très peur », confie-t-elle.
« Cet appui tactique, c'est pour éviter que ces citoyens (les trafiquants) ne s'échappent (...), cela n'a pas été une fuite, mais un déplacement d'un territoire à un autre », a déclaré Roberto Sa, sous-secrétaire aux Renseignements au cours d'une conférence de presse.
En prenant le contrôle de Vila Cruzeiro, les autorités ont remporté un succès, mais ce n'est qu'une étape de la « guerre » entre les forces de l'ordre et les trafiquants de drogue, résultat d'une politique entamée en 2007 par l'État de Rio pour « pacifier » les favelas. « Nous avons fait un pas important, mais rien n'est encore gagné », a souligné M. Beltrame.
Le président brésilien Inacio Lula da Silva a assuré aux autorités locales qu'elles pouvaient « compter sur notre soutien à 100 % au gouvernement et au peuple de Rio ». La présidente élue Dilma Rousseff a, quant à elle, fait l'éloge des « mesures énergiques dans la lutte contre le crime organisé ». Le comité organisateur des JO de la ville a également apporté son « appui total » au gouvernement de Rio dans son combat contre la criminalité et a exprimé sa « confiance dans le projet de pacification de Rio » pour que les Jeux se déroulent « dans un climat de sécurité complète ». La vedette du football brésilien Ronaldo a, quant à lui, déploré la vague de violences et appelé au « calme ».
« La Vila Cruzeiro appartient aujourd'hui à l'État », avait solennellement déclaré jeudi le sous-chef des opérations de la police civile, Rodrigo Oliveira, après quatre heures de heurts. C'était la première fois que des blindés pénétraient dans des favelas. Les télévisions ont montré des images impressionnantes de dizaines de trafiquants de drogue armés fuyant les lieux en gravissant la colline.

