Une vue de la double exposition chez Mark Hachem. (Michel Sayegh)
La ballerine reste suspendue à sa barre, le corps cambré, le chignon serré et le faciès tendu. La fille promenant son chien continue sa course folle, entraînée au bout d'une longue laisse par son chiot tellement surexcité que ses pattes ne touchent plus terre. Du haut de son escabeau, le harangueur de foules, en chapeau, lunettes, costume et cravate noirs, continue de hurler dans son porte-voix devant un auditoire réduit à un chien galeux errant comme une âme en peine.
Cette assemblée de personnages en bronze, surpris dans leurs gestes quotidiens, joue tout à la fois la caricature et le trompe-l'œil avec une virtuosité ahurissante. Le bronze est traité en patine de couleurs de manière à donner divers effets de matières allant du tissu au bois, en passant par la corde, le carton ou encore la passementerie...Tandis que les traits des visages et les proportions des corps sont volontairement forcés de manière à suggérer la parodie, la féerie parfois, d'autres fois l'humour
décapant.
Se promener entre ces individus étranges (qui ont aussi des congénères en dimensions réduites), c'est rentrer dans l'univers excentrique de De Keyzer, où le réel est distordu, caricaturé jusqu'à en devenir quasi surréaliste.
Peintures de Youri
Ces personnages à la présence exubérante (et cela quelles que soient leurs dimensions) phagocytent du coup, d'une certaine façon, les toiles de Youri qui les entourent.
Ces dernières sont pourtant, malgré leur apparente «discrétion», riches de détails intéressants. L'artiste, un Français installé de longue date en Belgique, a introduit dans ses peintures la verticalité et les asymétries de l'architecture d'intérieur, sa formation première.
Construisant ses grands mixed-médias par superposition de couches et répétition d'un même motif ou tracé (des têtes d'hommes dans une toile, des touches blanches en canné revêtant l'ensemble de la scène peinte dans d'autres toiles...), c'est avec une grande habileté que Youri joue les effets d'optique. Dans une matière superposée puis grattée, laissant graduellement se révéler la composition, ses peintures, entre figuratif et abstrait, happent le regard. Et l'entraînent dans un univers tout à la fois moderne et poétique.
À découvrir.
* Centre ville, Mina el-Hosn, rue Salloum. Tél. : 01/999313.


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