Pas de cafouillis, pas un arpège raté, pas une mesure approximative pour ce trio. (Marwan Assaf)
Au programme donc, deux compositeurs seulement, Johann Nepomuk Hummel et A. Arensky, peu familiers au grand public, mais dont les deux opus ici interprétés sont d'une saisissante beauté sonore.
Ouverture avec le Piano trio n°4 en sol majeur op 65 de J.N.Hummel, ce compositeur autrichien ami de Schubert et virtuose du clavier. Il a même eu quelque pouvoir sur Chopin et Liszt.
Trois mouvements (allegro con spirito, andante gracioso, rondo, vivace assai e scherzando) pour une narration entre la netteté et la discipline de Clementi, et quelques virées aux éclats romantiques avec un lyrisme empreint d'une certaine effusion et poésie. Hummel, franc-maçon tout comme Mozart et dont il fut un peu le protégé au départ de sa carrière, voilà une occasion en or de découvrir sa voix, lui dont l'œuvre et les partitions sortent de plus en plus de l'ombre et d'un oubli bien injuste.
Grâce, esprit et une certaine cadence toute en spontanéité sont les atouts majeurs de cette pièce relativement brève, mais percutante et dense.
Et l'on enchaîne avec un autre compositeur, russe cette fois, tombé lui aussi dans l'oubli, et il s'agit d'Anton Arensky. Fortement influencé par Tchaïkovsky au point de ne plus retrouver son style personnel, Arensky fut d'abord l'élève de Rimski-Korsakov pour être par la suite le professeur, entre autres, de Scriabine et Rachmaninov.
Il a excellé dans la musique de chambre et l'on écoute justement ici un des ses opus les plus achevés : le Trio op 32 n°1 en ré mineur pour violon, violoncelle et piano. Quatre mouvements (allegro moderato, scherzo allegro molto, élégia adagio et finale allegro non troppo) pour traduire cette musique russe du XIXe siècle avec son ouverture cosmopolite, son raffinement, son originalité, sa spécificité, la chaleur de son souffle nationaliste et ses frémissements du vent des steppes.
On retient surtout la gravité et la profondeur de cette « élégie », incantatoire et évocatrice d'images d'une terre au manteau d'hermine avec des horizons infinis et solitaires. Des images qui se répercutent des cordes d'un violon aux accords d'un clavier, en passant par l'archet d'un violoncelle, trio en parfaite harmonie, symbiose, correspondance, respiration et synchronisation.
Pas de cafouillis, pas un arpège raté, pas une mesure approximative, pas de note en dehors des clefs.
Voilà une prestation au-dessus de tout éloge pour un public très restreint avec, bien sûr, comme d'habitude, des applaudissements à des moments inappropriés.
Révérence des artistes tout sourire au milieu d'une ovation bien méritée.


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