Le général Aoun n'a certes pas présenté à ses interlocuteurs des éléments nouveaux, ses explications, les Libanais les connaissent, mais l'élément important, c'est que c'est la première fois que les autorités françaises ont pu écouter directement le point de vue d'un membre de l'opposition, puisque Nabih Berry, qui avait été reçu deux semaines auparavant par les autorités françaises, avait été invité essentiellement en sa qualité de président de la Chambre. Selon la personnalité libanaise qui a participé à la préparation de la visite, ce serait la raison pour laquelle celle-ci aurait été tellement combattue, avant qu'elle ait lieu et tout au long des quatre jours de la présence du général Aoun à Paris. Selon cette personnalité, tous ceux qui veulent garder le monopole des contacts avec les autorités françaises avaient à cœur d'empêcher le général Aoun de faire entendre son message. Désormais, c'est chose faite, et si on ne peut pas dire que le général Aoun a convaincu ses interlocuteurs, les enjeux étant bien trop importants et dépassant le Liban, il a au moins expliqué qu‘il existe une autre vision des faits. L'objectif du chef du CPL n'était sans doute pas de modifier la politique française à l'égard du Liban, mais de faire entendre aux divers vecteurs d'opinion en France, et notamment aux autorités, un son de cloche différent de celui du 14 Mars. Certes, l'ambassade de France à Beyrouth a établi des contacts avec toutes les parties libanaises depuis quelque temps déjà, mais il fallait aussi chercher à s'adresser directement aux autorités françaises pour expliquer qu'il ne s'agit pas d'un rejet de principe de la justice internationale, mais d'une réaction justifiée à des comportements qui ont discrédité l'enquête et ont semé le doute dans les esprits.
La personnalité qui a suivi la visite de Aoun en France affirme que les propos tenus par le chef du CPL laisseront forcément un impact auprès des autorités françaises qui auraient d'ailleurs exprimé le souhait de maintenir le contact avec lui, notamment dans cette période délicate. Le chef du CPL a d'ailleurs profité de sa présence en France pour remercier le président français et les autorités françaises en général de l'avoir accueilli pendant ses longues années d'exil, rappelant à ses interlocuteurs qu'il n'a pas pu le faire auparavant, puisqu'aucun responsable n'avait accepté de le recevoir avant son retour d'exil le 7 mai 2005.
De retour au Liban, le général Aoun a informé ses alliés au sein de l'opposition des résultats de sa visite en France. Il a ainsi reçu une délégation du Hezbollah et s'est rendu hier à Bnechi pour une visite à la fois amicale, familiale et politique au chef du courant des Marada Sleimane Frangié. Les personnalités qui ont assisté à cette visite affirment que l'atmosphère était très positive et que Aoun a livré ses impressions favorables après ses entretiens avec les responsables français.
Concrètement, que faut-il en attendre ? Certes pas des miracles, s'empressent de préciser certaines personnalités présentes à la rencontre de Bnechi, mais il est certain que le général Aoun a effectué une percée en France qui devrait en principe se matérialiser par le biais de contacts intensifiés dans plusieurs directions. Mais la France a aussi d'autres considérations et, surtout, elle n'est pas le seul acteur. En d'autres termes, la course entre la solution ou le bras de fer se poursuit. Soit les efforts syro-saoudiens aboutissent à des résultats positifs, soit l'acte d'accusation est publié et l'opposition exécutera alors un de ses scénarios du pire...


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