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Culture - Théâtre

Dans les yeux du kamikaze

Un remuant, secouant, ébranlant spectacle de Majdi Bou Matar intitulé « The Last 15 Seconds » - production de la troupe MT Space - a transformé les planches du théâtre Tournesol en un ring où se sont affrontés le bourreau et la victime, le kamikaze et sa proie, Eros et Thanatos.

Entre les draps blancs et les voiles noirs, ou l’autopsie d’une société arabe mutante. (Marwan Assaf)

Avant son départ pour le Canada, en 2003, Majdi Bou Matar avait signé de beaux succès des planches beyrouthines : Ninjinski, The hour of His Wedding to the Lord (1997), Miss Julie (1999) et Chi Mitl Macbeth (2000). Installé, depuis, dans la région de Waterloo, il a fondé une troupe de théâtre, The MT Space, et il dirige également un festival consacré au théâtre intitulé IMPACT 09.
En 2005, lorsqu'une vague d'attentats ciblant des hôtels a endeuillé Amman, Bou Matar a été frappé par l'ironie du sort. Voilà qu'un kamikaze bourré d'explosifs, appartenant à une organisation voulant « défendre les terres de l'islam », fauche sauvagement la vie de nombreuses victimes innocentes dont celle du réalisateur syro-américain Moustafa Accad et sa fille Rima. Ce même réalisateur qui avait passé sa vie à promouvoir la bonne parole de la religion musulmane, notamment à travers Le Messager (film historique sur la vie du prophète Mohammad) et Le Lion du désert (grande fresque guerrière sur Omar Mokhtar). Arrivé aux États-Unis avec 200$ et le Coran en poche, Akkad a étudié la production et le film à l'université de Californie de Los Angeles où il a rencontré son épouse américaine, et ils s'était mis un point d'honneur à faire des œuvres ouvrant la voie au dialogue entre Occident et Orient. Il disait à ce propos : « Étant un musulman vivant en Occident, je considère que c'est mon devoir de dire la vérité par rapport à l'islam. C'est une religion qui comporte 700 millions de fidèles, et pourtant si peu est connu à son propos que c'en est surprenant. J'ai pensé que raconter cette histoire créera un pont avec l'Occident. » Et pour se donner les moyens de cette politique (difficile de trouver un financement direct aux States pour ce genre de film), il faisait des « concessions » : produire la série d'épouvante Halloween, qui lui rapportait assez de revenus pour « réaliser ses dadas, les films épiques à message de tolérance et de fraternité ». Mais voilà. Le destin, cruel, en a voulu autrement. Alors qu'il se rendait en compagnie de sa fille, sa « Asfoura », Rima, à un mariage dans un hôtel à Amman, le militant de la cause arabe devient une victime de la folie et de l'intégrisme.
Flash-back en images, danse, mime et paroles avec cinq acteurs de différentes nationalités et introspection dans les méandres des terroristes et de leurs victimes. À signaler que le MT Space a réalisé de nombreuses interviews avec les parents des victimes et des bourreaux pour rédiger le texte dramatique.
Que donnent alors Eros et Thanatos face à face sur le ring ? Disons que le pari de Majdi Bou Matar est tenu : il a su montrer, à l'aide de quelques scènes choc, l'affrontement entre deux visions de l'islam. L'islam modéré, éclairé, pondéré et sage, d'une part, et la vision intégriste avec ses conséquences dangereuses, d'une autre. Il a été épaulé pour cela par une très belle brochette d'acteurs, dont le Libanais Badih Abou Chakra (dans le rôle, tout en réserve et révolte à la fois, de Akkad), la Syrienne Nada Humsi (petite femme énergique campant la mère de Akkad). Mais aussi la performance musclée de Trevor Kopp, qui tire profit de sa formation d'acteur, de mime et de danseur professionnel pour se mettre dans la peau du kamikaze Rawad Jassem Mohammad Abed. Anne Marie Donovan et Pam Patel, jouant la mère du terroriste et sa fiancée, ont pour leur part aussi bien tournoyé les voiles noirs et les draps blancs (joli contraste scénique) que modulé leurs voix de soprano dans des chants a capella hautement lyriques.
The Last 15 seconds a le mérite de montrer l'absurdité d'une lutte aveugle qui ne se préoccupe pas des moyens qu'elle emploie quand elle se fait terroriste et qu'elle cible les innocents.
Le poème de Nizar Kabbani, dédié à sa bien-aimée Balkis, victime elle aussi du terrorisme (dans l'explosion de l'ambassade d'Irak à Beyrouth), et crié, hurlé face aux Arabes par la mère de Kabbani dans la pièce, en résume le message de révolte : « Les faux prophètes sautillent, et montent sur le dos des peuples, mais n'ont aucun message ! Si au moins, ils avaient apporté de cette triste Palestine, une étoile, ou seulement une orange, s'ils nous avaient apporté des rivages de Gaza, un petit caillou, ou un coquillage, si, depuis ce quart de siècle, ils avaient libéré une olive ou restitué une orange, et effacé l'histoire de la honte, j'aurais alors rendu grâce à ceux qui t'ont tuée. Les Arabes sauront un jour qu'ils ont tué une messagère. »
Est-ce que toutes ces violences dont le monde est témoin aujourd'hui ont guéri ou changé quoi que ce soit ? À part briser la vie, le destin et l'œuvre d'innocents. Et d'un... messager.
Avant son départ pour le Canada, en 2003, Majdi Bou Matar avait signé de beaux succès des planches beyrouthines : Ninjinski, The hour of His Wedding to the Lord (1997), Miss Julie (1999) et Chi Mitl Macbeth (2000). Installé, depuis, dans la région de Waterloo, il a fondé une troupe de théâtre, The MT Space, et il dirige également un festival consacré au théâtre intitulé IMPACT 09. En 2005, lorsqu'une vague d'attentats ciblant des hôtels a endeuillé Amman, Bou Matar a été frappé par l'ironie du sort. Voilà qu'un kamikaze bourré d'explosifs, appartenant à une organisation voulant « défendre les terres de l'islam », fauche sauvagement la vie de nombreuses victimes...
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