Les combats entre la junte et des rebelles karens ont provoqué l’exode de quelque 10 000 réfugiés birmans en Thaïlande. Chaiwat Subprasom/Reuters
Le quotidien gouvernemental New Light of Myanmar a publié des listes de « vainqueurs » des élections dans 57 circonscriptions, dont 55 n'étaient disputées que par un seul candidat, le plus souvent pour le Parti de la solidarité et du développement de l'Union (USDP, projunte). Il a par ailleurs diffusé des photos d'ambassadeurs étrangers lors de visites de bureaux de vote soigneusement orchestrées. L'USDP, créé de toutes pièces par les militaires il y a quelques mois, semble assuré d'une victoire au Parlement national bicaméral et dans les assemblées régionales, ne serait-ce qu'avec l'aide automatique des 25 % de sièges réservés aux militaires en activité. Et il devrait être secondé par le Parti de l'unité nationale (NUP), proche de l'ancien régime du général Ne Win (1962-1988), même si certains experts estiment qu'il pourrait ne pas s'aligner complètement sur la junte.
L'opposition continuait pour sa part à dénoncer des malversations. Le Dr Than Nyein, président de la Force démocratique nationale (NDF), a de nouveau évoqué des « tricheries », qu'il a promis de « dénoncer » devant la Commission électorale sur la base de « preuves ». De nombreux analystes ont eux aussi stigmatisé les atteintes aux standards internationaux élémentaires, tout en évoquant le potentiel à terme des assemblées dans lesquelles siègeront des représentants élus de l'opposition. « La stratégie générale était de tout verrouiller avant même d'organiser les élections », a ainsi estimé Donna Guest, d'Amnesty International, mais il « pourrait y avoir plus d'espace politique » à l'avenir.
Si le scrutin a été sévèrement critiqué par l'Occident, Washington, Paris, Londres, Bruxelles, Canberra et Tokyo dénonçant des élections ni justes ni équitables, après une campagne outrageusement favorable aux militaires, sur fond d'accusations de fraude, le soutien le plus clair aux militaires de Naypyidaw, capitale de la Birmanie, est, comme à l'accoutumée, venu de la Chine. Le scrutin « montre un changement dans le pays dirigé par les militaires », a estimé le journal Global Times, dans un éditorial intitulé « Élection en Birmanie : une avancée ». Dans la région, Manille, assez active avec Djakarta pour tenter de faire évoluer la junte, a déploré les entraves subies par l'opposition birmane, faisant état d'une « très mauvaise » participation. Mais ni la Thaïlande ni l'Asean en tant que bloc n'ont réagi.
Le précédent scrutin en 1990 avait été remporté par la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l'opposante Aung San Suu Kyi sans jamais accéder au pouvoir. Vingt ans plus tard, la junte n'a jamais semblé aussi forte. La LND a boycotté ce scrutin et a en conséquence été dissoute. Mme Suu Kyi, en résidence surveillée sans interruption depuis 2003 et pendant 15 des 21 dernières années, est complètement isolée. Sa dernière peine de résidence surveillée arrive à son terme le 13 novembre, suscitant de vifs espoirs pour sa libération.
Parallèlement, l'est du pays était le théâtre d'une poussée de fièvre, des combats entre la junte et des rebelles karens faisant trois morts et plusieurs blessés dans la ville de Myawaddy et provoquant l'exode de quelque 10 000 réfugiés en Thaïlande voisine. Un signe supplémentaire des tensions entre le pouvoir central et les minorités ethniques qui font craindre depuis quelques semaines une reprise de foyers de guerre civile.

