L’arrière des Celtics de Boston Kevin Garnett en pleine provocation face aux deux stars des Heats, James et Wade. Reuters/Adam Hunger
Tout est parti d'un accrochage entre les deux hommes en fin de match mardi soir, lors de la rencontre entre Celtics et Pistons. Après le match, Villanueva a posté le message suivant sur son compte Twitter : « KG m'a traité de malade du cancer. Je suis énervé car plein de gens meurent du cancer et il balance ça comme une blague. » Villanueva a été d'autant plus touché qu'il souffre de pelade universelle, une maladie qui fait perdre cheveux et poils. Difficile d'imaginer, donc, qu'il n'y avait pas dans les paroles de Garnett une véritable attaque personnelle. Même prononcées dans le feu de l'action, elles semblent inexcusables pour beaucoup, et les critiques pleuvent depuis 24 heures.
Les Celtics font corps
Contraint de réagir pour essayer d'éteindre l'incendie, Garnett a publié un communiqué avant la rencontre contre Milwaukee, mercredi soir. Il nie avoir tenu de tels propos, assurant que Villanueva a mal compris ce qu'il lui avait dit. « Il y a eu une incompréhension, a-t-il expliqué. Mes propos à Charlie Villanueva étaient en fait : "Tu es un cancer pour ton équipe et pour la NBA." Je ne serai jamais insensible au combat courageux qu'endurent les malades du cancer. J'ai perdu des êtres chers à cause de cette maladie, et une personne de ma famille est en cours de traitement. Je n'aurais jamais dit quelque chose d'aussi indélicat. »
Kevin Garnett aurait traité Charlie Villanueva d' « une ligne de défense qui, à vrai dire, n'a pas vraiment convaincu ». Peut-être parce que Garnett traîne une réputation depuis de nombreuses années. Il est considéré comme un joueur vicieux, par le geste et par le verbe. Mais jamais il n'avait été accusé de tenir des mots aussi durs, relevant de l'attaque personnelle, sur le physique, et attenant à la santé d'un adversaire. Il est peu probable que la star des Celtics puisse être sanctionnée pour ses propos, dans la mesure où personne ne pourra prouver par A+B qu'il les a bien tenus. C'est parole contre parole, mais l'image de Garnett, elle, risque fort de rester entachée.
Pourtant, du côté des Celtics, on fait corps derrière KG. « J'ai entendu ce que Kevin a dit à Villanueva, et ce qu'il a dit est dans le communiqué », a déclaré Doc Rivers, le coach de Boston, regrettant par ailleurs que cette histoire soit sortie des limites du terrain. « C'est ridicule d'en faire une affaire. Je ne comprends pas. En quoi est-ce une information qui relève du terrain ? Cela aurait dû regarder les deux joueurs concernés et personne d'autre. Quand je jouais, certains m'ont balancé des trucs qui me font encore mal. Mais je n'ai jamais rien révélé publiquement. » Sous-entendu, tous les coups sont permis tant qu'ils restent assenés avec des mots.
KG, le réac. de la NBA?
C'est également l'avis de Danny Ainge. L'actuel président des Celtics en fut également une vedette dans les années 80, avant de faire les beaux jours de Portland ou Phoenix. Lui aussi avait une belle réputation. « Heureusement qu'il n'y avait pas Twitter à notre époque ! dit Ainge. Franchement, rien n'était sacré, que ce soit votre mère, votre famille, votre religion ou la couleur de votre peau. Sur le terrain, on se balançait des trucs terribles. Je ne dis pas que c'était intelligent, mais ça faisait partie du jeu. Le but, c'était de faire perdre ses moyens à l'autre. Et je suis sûr que c'est ce que Kevin a voulu faire. Rien de plus. Je ne sais pas ce qu'il a dit exactement, mais c'était son seul objectif. En aucune façon Kevin ne peut être insensible au combat que mènent les malades du cancer. »
Alors, Garnett, tel un Eric Zemmour made in NBA, est-il victime d'une forme de politiquement correct ? Pour Dan Shaugnessy, éditorialiste au Boston Globe, ça ne fait aucun doute. Selon lui, ce ne sont pas les joueurs qui ont changé. Le « trash talking » a toujours existé, mais on ne communiquait pas à tout-va la moindre phrase via Internet. « Peu importe la bonne version, ce qu'a dit Garnett est de très mauvais goût. Mais le bad guy ici, c'est Villanueva. C'est lui qui n'a pas respecté le code », explique Shaugnessy. Ray Allen, lui, est l'anti-Garnett. Parler sur un terrain, assez peu pour lui. Mais le coéquipier de KG relativise. « Je n'ai jamais ressenti le besoin de parler. Si vous êtes plus fort qu'un mec, vous n'avez pas besoin de lui dire des saloperies. Mais ça fait partie du sport, qu'on le veuille ou non. Mon conseil, c'est de ne pas écouter. » Villanueva, cette fois, n'a pas eu envie de ne pas entendre. Peut-on vraiment lui en faire le reproche ? Certainement pas, malgré ce que pensent les Celtics, peut-être plus par opportunisme que par conviction.

