En devenant présidente, Dilma Rousseff est entrée dans le club des femmes les plus puissantes du monde. Elle fera ses premiers pas internationaux à l’occasion du sommet du G20 à Séoul, les 11 et 12 novembre. Jefferson Bernardes/AFP
Les évêques du Brésil, le plus grand pays catholique du monde, ont « félicité » hier la présidente élue, espérant « fidélité et respect des promesses faites pendant la campagne ». Dilma Rousseff, qui s'était dite favorable à la légalisation de l'avortement, a dû s'engager publiquement entre les deux tours à ne pas modifier la législation dans ce domaine, pour arrêter une hémorragie de voix d'électeurs chrétiens.
Les élections montrent que « la population a voté pour la continuité de ce gouvernement », a déclaré dimanche à l'AFP le ministre des Finances, Guido Mantega. Il a affirmé que Dilma Rousseff poursuivrait la politique économique de « rigueur budgétaire » et les programmes sociaux de Lula dont la popularité dépasse les 80 %. « Continuer » est d'ailleurs le verbe que la présidente élue a le plus utilisé dans son premier discours, dimanche soir, après l'annonce de sa victoire. L'ancienne n° 2 du gouvernement Lula a réitéré son « principal engagement », celui de sortir 20 millions de pauvres de la misère et de consolider les programmes déjà en cours, comme la Bourse famille qui bénéficie à des millions de foyers.
Mais, selon des analystes, « le premier défi de Dilma est qu'elle n'est pas Lula, qu'elle n'a pas son charisme et qu'elle devra trouver le moyen de sortir de l'ombre de son prédécesseur ». Les commentateurs politiques s'interrogent ainsi sur le rôle de Lula à qui certains prêtent l'intention de se représenter en 2014. « Dilma exercera-t-elle de fait le pouvoir ou gardera-t-elle au chaud le fauteuil de Lula ? » demandait hier Miriam Leitao dans le quotidien Globo. « Qui sera le chef ? Dilma ou Lula ? » est une autre interrogation à la une cette fois d'Estado de São Paulo.
Dilma Rousseff n'a pas caché dimanche qu'elle frapperait « souvent à la porte » de Lula, mais celui-ci a écarté l'idée de participer à un gouvernement formé par sa protégée. Il a toutefois admis : « Je suis un camarade de Dilma, je discuterai avec elle de beaucoup de choses évidemment. » Des sources au sein du Parti des travailleurs (PT-gauche), fondé par Lula, ont indiqué à l'AFP que son rôle serait celui d'un « conseiller ». Sans les talents de négociateur de son prédécesseur, elle aura besoin de son expérience pour diriger la coalition hétéroclite qui l'a élue.
Dilma Rousseff, entrée dans le club des femmes les plus puissantes du monde avec la chancelière allemande Angela Merkel et la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton, devra aussi tenter de faire oublier l'omniprésence de Lula sur la scène mondiale. Le chef de l'État lui fera faire ses premiers pas internationaux à l'occasion du sommet du G20 à Séoul, les 11 et 12 novembre, a déclaré hier le ministre du Plan, Paulo Bernardo. D'ici à sa prise de fonctions, la présidente élue devrait accompagner Lula dans ses derniers voyages à l'étranger qui le mèneront, outre en Corée du Sud, au sommet sud-américain de Georgetown et à ceux sur le climat de Mexico et du Mercosur à Foz do Iguaçu (sud du Brésil). « Le premier président ouvrier du Brésil passera le relais à la première femme présidente » en janvier, s'est réjoui le gouverneur du Sergipe (Nord-Est), Marcelo Deda.

