Comme pour la F430 Scuderia, c’est Michael Schumacher qui a participé à la mise au point de la California.
Lignes arrondies, traits marqués, galbes affirmés, le dessin est sublime. Pas de lourdeur mais toujours ce mélange de rondeurs et d'angles acérés, alors qu'il a toujours été difficile de combiner toit rétractable et ligne élégante à cause des impératifs de conception. Cependant, sur le plan du look, Pininfarina, toujours aussi inspiré, fait mouche.
Mais malgré un look digne de la lignée, la question qui brûle les lèvres est la suivante : la California est-elle une vraie Ferrari ?
Elle possède en effet une philosophie bien différente de ses grandes sœurs : elle est largement tournée vers le grand tourisme et les croisades tranquilles. Bref, la belle est bien parée pour le rêve américain en quelque sorte, d'où son nom d'ailleurs (les inconditionnels de la marque se remémoreront, eux, avec émotion la 250 GT du même nom de 1957).
Oui, mais voilà, Ferrari nous aborde pour justement nous prouver que la California reste tout de même une Ferrari et elle est aussi capable d'amuser son conducteur. Sur piste notamment.
Pour les puristes, c'est certain, il y a certainement beaucoup mieux que ce coupé-cabriolet dans le catalogue pour aller fumer de la gomme sur circuit : la toute dernière 458 Italia qui est tout simplement capable de rouler aussi vite qu'une Enzo ou encore la 599 GTB forte de ses 620 chevaux et à la sonorité démoniaque.
Pourtant, comme tous les pur-sang de Maranello, le roadster ne demande qu'à se mettre au grand galop, comme insiste à nous persuader Ferrari.
Direction donc le circuit de Yas Marina, à Abou Dhabi, avec l'équipe en charge de la communication régionale, pour enfin juger si la prestation est à la hauteur des produits Maranello.
En piste
Arrivée à 17h00 dans le paddock n° 8 pour le briefing, la découvrable y trône dans sa splendide livrée bleue Azzuro California.
Prenant l'affaire plus qu'au sérieux, l'équipe du cheval cabré a dépêché ses commandos : deux pilotes de la Ferrari School ; Luca Torre, ingénieur qui a guidé le développement de la California, et enfin Rafaelle de Simone, le chef des metteurs au point chez Ferrari qui a signé en avril dernier un chrono record sur le Nürburgring dans une voiture de sport dérivée de la production (la Ferrari 599XX).
Investies d'une mission sacrée, toutes ces personnes nous gratifient de leur expertise : les pilotes nous informent comment extirper tout le potentiel de la bête sur circuit pendant que Luca égrène à l'infini les innovations techniques développées spécialement sur la voiture.
Après une rapide séance d'habillage/déshabillage (la procédure prend 15 secondes pour chaque étape), on monte enfin à bord.
L'ambiance intérieure n'a rien à envier à une Aston Martin ou une Porsche : cuir étendu, arc central en aluminium brossé, ambiance sport et raffinée. La California aime les détails stylés. Et comme à chaque fois que l'on entre dans un supercar, il se passe quelque chose qui vous accélère le rythme cardiaque avant même d'avoir démarré le moteur.
Au tour des « specs » maintenant : coupé-cabriolet équipé d'un V8 avant, développant « seulement » 460 ch (la moins puissante du portfolio actuel de Maranello), pour près de 1 800 kg sur la balance, on peut craindre que la California manque de substance et que l'on reste sur notre faim.
Quelle erreur !
Une simple pression sur le bouton « Engine Start » et un premier coup de gaz suffisent d'ailleurs à faire voler en éclats les a priori laissés par la fiche technique.
Rien que par ses aboiements, le 8 cylindres 4.3 litres à injection directe (dérivé de celui de la F430) nous laisse entendre qu'il n'a rien perdu de sa santé. Inimitable !
Une fois les gommes en température après deux premiers tours de piste au « ralenti », on se met à abuser graduellement de la mécanique.
Et c'est le coup de foudre définitif !
Signe des mécaniques d'exception, le bougre est incroyablement vif dès que l'on enfonce la pédale droite. La modification de la course et de l'alésage lui permet même de pousser très fort grâce à un couple de 49 mkg à 5000 tr/min. Et grâce à l'adoption d'un vilebrequin dit plat améliorant les prises de régime, pas de répit avant l'intervention du rupteur à 8 000 tr/min.
Joueuse
Pas de répit du tout puisqu'en réalité l'inédite boîte robotisée égrène ses sept rapports à la vitesse de l'éclair sans aucune perte de charge. L'accélération est bluffante de perfection.
« Cette nouvelle boîte compte trois arbres et deux embrayages, nous avait prévenus auparavant Luca. Ce principe présente l'avantage d'annuler quasiment le temps de passages de rapports. »
Au-delà de la prouesse technique, il y a aussi le somptueux agrément que cela procure, qui préserve totalement le plaisir (ce que la concurrence n'a su réaliser). La boîte se manie alors comme le joystick d'une Playstation et on se prend du coup à passer les rapports jusqu'à plus soif. Les excellentes décélérations (freins en carbone-céramique) en fin de ligne droite devant les stands sont d'autant plus jouissives qu'elles sont accompagnées de déflagrations d'échappements.
Côté comportement, la bête est certes moins joueuse qu'une Italia, mais le dynamisme général garde une propension à légèrement dériver.
Au choix, vous pourrez neutraliser cette figure de style selon la position du fameux Manettino sur le volant : par l'électronique (mode « Comfort » pour une conduite de tous les jours), par une amorce de correction du pilote lui-même (mode « Sport » pour une performance maximale) ou encore par un franc contre-braquage (mode « CST Off » pour le pilotage sans aucune aide hormis l'ABS comme seule béquille électronique).
En d'autres termes, le Manettino est le bouton qui vous permettra de flâner en vitesse de croisière et de passer instantanément de l'autre côté du miroir.

