Des compositions qui illustrent la violence d’une ville.
Cette exposition-témoin semble malheureusement d'actualité, vu le nombre d'accidents mortels qui ont lieu tous les jours sur les routes de Beyrouth. Sur ce bitume qui traverse parfois violemment l'espace urbain, l'automobile, pour les Libanais, est symbole de mort. Et pourtant, le premier cadeau que l'on offre à un garçonnet est une petite voiture. Un geste qui se perpétue à son adolescence ou à son âge adulte. La voiture est également signe de richesse au Liban, elle est la vitrine d'une carrière réussie. Elle est également comme un second bijou qu'on offre à une femme. Malheureusement, ces voitures évoquent aussi la mort, la vitesse et surtout cette série d'attentats qui se sont succédé dans le pays.
C'est donc au moyen de ces archétypes qui jalonnent la vie des Libanais que Salah Saouli se fait archéologue et même urbaniste. Jonglant à la fois avec la vérité du témoignage et la fiction de la peinture, il assemble et reproduit ces autos rutilantes, cassées, renversées, éviscérées et en crée des compositions qui illustrent la violence d'une ville. Noyées parfois dans des brouillards opaques de noirceur, comme dans le fracas d'une tempête, ces mêmes voitures côtoient également des natures défigurées, des arbres coupés sur un fond rougeâtre. Salah Saouli a su marier le verdoyant le plus clair au noir le plus obscur, les teintes acidulées de carcasses à d'autres plus grisâtres. Et, enfin, la transparence des hachures aux strates de couleurs. Comme une invitation à s'engouffrer dans ces perpétuels contrastes et contradictions qui sont le label de Beyrouth.
* Galerie Agial, rue Abdel Aziz. Tél : 01/345213.

