Le prince Saoud ben Saqr al-Qassimi, 54 ans, est devenu le nouveau souverain de l’émirat, malgré la contestation de son frère. Photo Reuters
Des forces de la police et de l'armée étaient déployées en force autour de la mosquée, gardée par des policiers brandissant des fusils d'assaut, alors qu'un hélicoptère militaire survolait le secteur. Le vice-président des Émirats et souverain de Dubaï, cheikh Mohammad ben Rached al-Maktoum, ainsi que les plus importants dignitaires du pays ont assisté aux obsèques hier après-midi, auxquelles ont participé des centaines d'hommes, pour la plupart portant la traditionnelle robe blanche.
Le décès du souverain laissait craindre une lutte de succession entre deux de ses fils. Mais le Conseil fédéral suprême, plus haute instance politique dans le pays, formé des souverains des sept émirats de la fédération, a immédiatement proclamé son « appui total » au prince héritier cheikh Saoud ben Saqr al-Qassimi, 54 ans, devenu le nouveau souverain.
Le frère aîné du souverain, cheikh Khaled ben Saqr, prince héritier jusqu'à sa destitution en 2003, s'était proclamé souverain dans un message vidéo mis en ligne sur son site Internet dès l'annonce du décès de son père. Il a ajouté qu'il allait tenir des réunions avec « la famille, les amis et les membres du conseil fédéral suprême et fixer l'agenda des cent premiers jours » de son règne. Cheikh Khaled n'a toutefois pas été autorisé à assister aux funérailles dans la principale mosquée de l'émirat et a dû demeurer dans son palais, selon une source proche de son entourage.
Ras al-Khaïmah est un petit émirat à la position stratégique face à l'Iran, et contrôle l'entrée sud du détroit d'Ormuz, par lequel transite plus de 60 % de la consommation mondiale de pétrole. Depuis des mois, une sourde lutte pour le pouvoir opposait déjà les deux fils du souverain malade. Cheikh Khaled, 67 ans, affirme que son père avait promulgué en 2004 un décret rétablissant son « droit, en tant que fils aîné, à être prince héritier » et accuse son frère, cheikh Saoud, de faire de l'émirat un « État voyou » que l'Iran utilise pour contourner les sanctions de l'ONU. Parti en exil en 2003, après sa destitution, cheikh Khaled menait campagne, notamment sur Internet, pour défendre son droit à la succession, multipliant les messages sur son propre site et sur le réseau social Facebook.
Petit émirat de 300 000 habitants, Ras al-Khaïmah, qui n'a pas de pétrole, a connu sous l'autorité de cheikh Saoud un développement industriel, avec des usines pharmaceutiques, de céramique et de ciment.
« Si cheikh Khaled n'obtient pas l'appui des notables de Ras al-Khaïmah et surtout du conseil fédéral, il ne pourra pas faire plus que mener des campagnes médiatiques », avait estimé Riad Qahwagi, chef de l'institut pour les études stratégiques Enigma, basé à Dubaï. Quant aux allégations sur le contournement des sanctions à l'égard de l'Iran, il a affirmé que « des parties internationales ont enquêté et ces accusations se sont avérées infondées ».

