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Moyen Orient et Monde - Le Point

La couleur de l’argent

La formule est du regretté Thomas « Tip » O'Neill, alors « speaker » de la Chambre des représentants : « L'argent est le lait maternel de la politique. » Le brave homme s'était gardé de préciser ce qui est ou non légal dans une campagne. Or cette année, celle-ci a déjà coûté la bagatelle de deux milliards de dollars qui ne proviennent pas entièrement de la poche de Mister John Doe, ardent défenseur de la cause de son parti. Un organisme semi-officiel, le Public Campaign Action Fund, estime que pour chaque siège en jeu, quatre millions ont déjà été dépensés. La levée de fonds a été de 30 pour cent supérieure à celle de 2008, et les dépenses dépassent de 54 pour cent le record établi en cette même année. Dire que cette manne est destinée à assurer le succès de celui, ou celle, qui légiférera demain pour le plus grand bien de ses semblables serait grandement exagéré.
Au fait, d'où vient tout cet argent ? Un coin du voile a été levé lorsqu'il a été établi qu'à elle seule la Chambre de commerce US a levé 75 millions de dollars dont l'immense majorité devrait permettre l'élection ou la réélection d'un candidat républicain, en vertu d'une jurisprudence établie par la Cour suprême sur base d'un vote des plus serrés (5 voix contre 4). Plus grave, pour une certaine part au moins, ce montant, fruit d'une campagne à l'échelle mondiale, provient de l'étranger, principalement de membres de l'organisation éparpillés aux quatre coins du globe. Ce n'est un secret pour personne qu'il existe de par le monde non moins de 115 Chambres, les fameuses « AmChams », versant leur obole à la maison mère, laquelle n'est pas requise de par la loi d'indiquer ses sources de financement. Le but est de multiplier les spots publicitaires télévisés qui ne pêchent pas par excès d'élégance, ni dans la forme ni dans le fond, conformément à ce qui, hélas, est devenu une coutume solidement ancrée dans la vie publique. Un cas type est celui de Bruce Bradley, représentant démocrate de l'Iowa, en place depuis huit ans et qui semblait assuré de conserver son siège, surtout que dans l'autre camp, on en avait pris son parti. Et puis l'American Future Fund, un groupe conservateur comme il en existe tant, est entré en lice, déversant dans ce qui est devenu une bataille des sommes colossales pour des attaques contre l'homme à abattre. Exemple : sur le petit écran, des images montrent l'amas de décombres qu'est devenu le World Trade Center. En fond sonore, une voix dit : « Incroyable ! Bruce Bradley appuie l'édification d'une mosquée au Ground Zero. » En réalité, le congressman avait simplement estimé qu'il appartenait aux New-Yorkais de se prononcer sur la question. Oui, mais 1 .- il est partisan d'imposer une taxe sur l'éthanol ; 2.- l'American Future Fund est financé dans une large mesure par un certain Bruce Rastetter, haut responsable d'une compagnie spécialisée dans l'éthanol.
Une autre publicité télévisée dénonce l'appui de Chris Murphy (représentant démocrate du Connecticut) à la réforme du système de santé prévoyant une peine de prison pour tout citoyen qui ne contracterait pas une assurance-maladie. En fait, une telle clause n'a jamais figuré dans le texte de loi. Ces coups sous la ceinture ne sont pas l'exception. Dans pratiquement tous les États, le Grand Old Party dépense sans compter, espérant reprendre le contrôle du législatif et aborder en toute confiance la grande bataille de 2012, celle de la présidence. Dans l'actuelle législature, le parti de Barack Obama contrôle 59 sièges au Sénat (dont deux sièges détenus par des indépendants proches de la Maison-Blanche) et dispose d'une majorité de quarante voix à la Chambre des représentants. D'ordinaire, la formation du président perd des plumes à mi-parcours - la moyenne se situant autour de 27 pour la Chambre basse et de trois pour la Chambre haute. Cette année, l'usage, craint-on, ne sera pas respecté. La raison en est une conjoncture socio-économique désastreuse, résultat d'un laisser-faire financier qui a largement profité aux banques et de deux guerres (Irak, Afghanistan) onéreuses autant qu'inutiles et surtout ingagnables. Autant d'héritages d'un passé récent qui fut désastreusement géré par George W. Bush et son équipe. Ce qui nous ramène à la formule, due à Bill Clinton, qui fit florès en son temps : « It's the economy, stupid. » Il ne sert à rien aujourd'hui de renvoyer la balle dans le camp adverse puisque les démocrates, victorieux il y a deux ans, avaient accepté, dans la foulée, l'héritage de leurs prédécesseurs.
Alors, l'âne ou l'éléphant, le 2 novembre, le bleu ou le rouge ? On se contentera pour l'instant de noter que, selon un sondage USA Today-Gallup, ils sont 63 pour cent de républicains à se dire enthousiastes en cette veillée d'armes, contre 37 pour cent de démocrates. L'exaltation, voilà le véritable nerf de la guerre électorale. Avec l'argent, bien sûr.
La formule est du regretté Thomas « Tip » O'Neill, alors « speaker » de la Chambre des représentants : « L'argent est le lait maternel de la politique. » Le brave homme s'était gardé de préciser ce qui est ou non légal dans une campagne. Or cette année, celle-ci a déjà coûté la bagatelle de deux milliards de dollars qui ne proviennent pas entièrement de la poche de Mister John Doe, ardent défenseur de la cause de son parti. Un organisme semi-officiel, le Public Campaign Action Fund, estime que pour chaque siège en jeu, quatre millions ont déjà été dépensés. La levée de fonds a été de 30 pour cent...
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