Une femme fuit, avec son bébé, le village de Kaliurang, situé en contrebas du volcan Merapi. Beawiharta/Reuters
Un groupe de touristes australiens a témoigné avoir vu « un mur d'eau blanche d'écume » s'abattre sur leur bateau et le détruire, leur laissant juste le temps de se jeter à l'eau. « Nous avons senti une secousse sous le navire... Quelques minutes plus tard, nous avons entendu un rugissement. J'ai immédiatement pensé à un tsunami », a témoigné Rick Hallet, un tour-opérateur basé en Indonésie. Tous les passagers ont survécu, certains regagnant la terre ferme en s'accrochant à des branches malgré l'obscurité.
Sur l'île de Pagai du Sud, l'une des plus touchées, des vagues de trois mètres ont pénétré jusqu'à 600 mètres à l'intérieur des terres, selon le chef du centre de crise du ministère de la Santé, Mudjiharto. « Dans le village de Muntei, 80 % des constructions ont été endommagées par les vagues et de nombreux habitants sont portés disparus. » Parmi les disparus figurent neuf Australiens, à bord d'un bateau de tourisme, le Southern Cross, qui se dirigeait vers l'une des îles et qui n'a donné aucune nouvelle depuis lundi.
Les îles Mentawaï attirent très peu de touristes, à l'exception de surfeurs, en particulier australiens, car elles offrent des « spots de surf » parmi les plus beaux du monde, selon des spécialistes. Mais seuls les plus mordus s'y rendent car le voyage est long et difficile, par bateau uniquement depuis Padang, la grande ville portuaire de l'ouest de Sumatra. « Nous allons envoyer sur place un bateau et un avion pour participer aux recherches », a indiqué Andrew Judge, le directeur de SurfAid International, une association caritative australienne engagée dans le développement des Mentawai, des îles pauvres et au mode de vie extrêmement traditionnel.
La côte ouest de Sumatra est considérée comme une région à risques élevés car elle est située dans une zone de subduction, où les plaques tectoniques indo-australienne et eurasienne se rapprochent à la vitesse de cinq à six centimètres par an. Les segments de cette faille craquent les uns après les autres. Le 26 décembre 2004, un séisme de 9,3 avait provoqué un tsunami dévastateur qui a fait au moins 168 000 morts en Indonésie et des dizaines de milliers d'autres autour de l'océan Indien.
Après plus d'un an de relatif répit sur le front des désastres naturels, l'Indonésie doit également gérer, outre la catastrophe des Mentawaï, l'éruption du volcan Merapi, l'un des plus actifs au monde, qui vient de se réveiller sur l'île voisine de Java. Hier, l'entrée en éruption du volcan a fait treize morts dont un bébé de trois mois au lendemain d'un ordre d'évacuation des 19 000 habitants vivant sur ses flancs. Les premières images télévisées ont montré des centaines de personnes, certaines couvertes de cendres, s'enfuir le plus rapidement possible, aidées par des responsables locaux équipés de haut-parleurs.
Le Merapi, qui culmine à 2 914 m, est situé au beau milieu d'une région extrêmement peuplée, à 26 km de la grande ville de Yogyakarta, dans le centre de l'île de Java. Plus d'un million de personnes vivent sous la menace d'une explosion de son dôme de lave, des nuées ardentes et des lahars (coulées de boues).

