Le satellite de la Terre fonctionne comme des archives géologiques, il pourrait contenir des indices sur l’histoire cachée de notre planète, du système solaire et même de notre galaxie. Roberto Schmidt/AFP
Ces analyses révèlent que « le sol lunaire à l'intérieur de ces cratères sombres en permanence est riche en matériaux utiles et que la Lune est chimiquement active et pourvue d'un cycle d'eau », écrit la NASA dans un communiqué. La dernière mouture d'analyses des débris et poussières contenus dans cette éjection montre que non seulement le sol lunaire contient de l'eau presque pure sous forme de cristaux de glace à certains endroits, mais aussi de l'hydroxyte, du monoxyde de carbone, du dioxyde de carbone (CO2), du méthane, de l'ammoniaque, du sodium, de l'argent, de l'hydrogène et du mercure, précise le géologue Peter Schultz, de l'Université Brown (Rhode Island), principal auteur d'une des six communications sur le sujet, parue dans la revue américaine Science datée du 22 octobre. « Ce cratère semble être un trésor d'éléments chimiques », relève le chercheur. Selon lui, la plupart proviennent du bombardement incessant de la Lune par des comètes et météorites depuis des milliards d'années. Ce géologue pense que les atomes et particules de ces éléments déposés dans le régolite tout autour de la Lune pourraient avoir été rapidement libérés par d'autres impacts de météorites ou la chaleur du soleil qui les a chargés d'énergie. Une fois libérés du régolite - sorte de poussière très fine formant le sol lunaire -, ils ont fini par atteindre les pôles, se faisant piéger dans ces cratères extrêmement froids.
Les chercheurs rappellent que les astronautes, lors des six missions Apollo entre 1969 et 1972, avaient trouvé des traces d'argent et d'or sur les lieux d'alunissage qui se situaient sur la face de la Lune exposée à la Terre. La découverte d'argent dans le cratère de Cabeus laisse penser que les atomes d'argent ont émigré vers les pôles. Mais, ironise Peter Schultz, vu les faibles concentrations détectées, « pas question de songer à une exploitation minière ». « La détection de mercure a été la plus grande surprise, surtout parce que ce métal était aussi abondant que l'eau gelée détectée par les instruments de la sonde LCROSS », souligne Kurt Retherford, du Southwest Research Institute et membre de l'équipe de recherche.
Selon lui, « la toxicité du mercure en aussi grande quantité pourrait poser un problème pour l'exploration humaine sur la Lune ». Bien que la mission LCROSS ait été un succès, « elle suscite au moins autant d'interrogations que de réponses apportées aux questions » que se posaient les scientifiques, juge Peter Schultz. Les cratères lunaires sont comme des archives géologiques, collectant et préservant des matériaux pendant plusieurs milliards d'années.
« Ils pourraient ainsi contenir des indices sur l'histoire cachée de la Terre, du système solaire et même de notre galaxie (...) qui attendent d'être mis au jour », note encore Peter Schultz.
LCROSS avait été lancée en juin 2009 avec la sonde Lunar Reconnaissance Orbiter, chargée d'établir une carte détaillée de la Lune en trois dimensions.


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