Guillermo Fariñas a mené 23 grèves de la faim contre le régime communiste de La Havane. Desmond Boylan/Reuters
M. Fariñas, 48 ans, a mené 23 grèves de la faim contre le régime communiste de La Havane. Psychologue et cyberjournaliste à la « vocation de martyr », il dirige l'agence illégale en ligne Cubanacan Press, et est membre du mouvement clandestin « Alliance démocratique cubaine ». Depuis Cuba, l'opposant a réagi sans tarder en appelant à la « fin de la dictature » dans son pays. « Le monde civilisé, le Parlement européen envoie un message aux dirigeants cubains : il est temps qu'il y ait la démocratie, la liberté de conscience et d'expression à Cuba, et la fin de la dictature », a-t-il souligné.
Le lauréat, dont la candidature avait été proposée par la droite au Parlement européen - le plus important en nombre de sièges -, a été choisi par les chefs de file des groupes politiques face à deux autres finalistes : l'opposante éthiopienne Birtukan Mideksa et l'ONG israélienne « Breaking the silence ». Une élue d'extrême gauche, la Française Marie-Christine Vergiat, a vertement protesté, en estimant que trois prix Sakharov à des anticastristes, « ça fait beaucoup ». C'est en effet la troisième fois en neuf ans que ce prestigieux « prix pour la liberté de pensée » - qui au fil des ans s'est imposé comme une sorte d'ersatz européen du prix Nobel de la paix - honore un individu ou une organisation anticastriste. En 2002, le prix avait été octroyé à l'opposant Oswaldo Paya Sardiñas, et trois ans plus tard au mouvement des « Dames en blanc », qui réunit des épouses et parents de dissidents emprisonnés.
L'annonce de cette récompense survient alors que Cuba espère obtenir un assouplissement de la position européenne à son égard. Le sujet sera justement à l'ordre du jour d'une réunion des chefs de la diplomatie des 27, lundi à Luxembourg. L'enjeu est la reconduction ou non de la « position commune » de fermeté maintenue par l'UE face à Cuba depuis 1996. Cette position, qui lie le dialogue entre l'UE et Cuba au respect des droits de l'homme et aux progrès de la démocratie sur l'île, ne peut être assouplie que si les 27 le décident à l'unanimité. Selon une source diplomatique, un changement majeur n'est pas attendu lundi. Mais l'UE pourrait faire un geste afin de saluer les récentes libérations de prisonniers politiques. « On va tenir compte des développements » sur l'île, « on va discuter de la manière de soutenir cette réforme » en cours, a indiqué jeudi pour sa part la porte-parole de Mme Ashton, Maja Kocijancic.
L'an dernier, le prix Sakharov avait honoré l'ONG russe de défense des droits de l'homme Memorial.

