Mgr Louis Sako, irakien, a demandé « un effort sérieux pour le dialogue avec les musulmans », jugeant que sans cela, « il n'y aura pas de paix ni de stabilité ». « Ensemble, nous pouvons éliminer les guerres et toutes les formes de violence », a-t-il affirmé, alors que les conflits, l'instabilité politique, les difficultés économiques et les persécutions, notamment en Irak, font craindre à terme une disparition des chrétiens du berceau de leur religion.
La région compte 20 millions de chrétiens, dont 5 millions de catholiques, sur 356 millions d'habitants. En Irak par exemple, sept ans après l'invasion américaine, le nombre de chrétiens est passé de 800 000 à 550 000. Le dialogue islamo-chrétien a été officiellement initié en 1965 après le concile Vatican II. Mais pour de nombreux participants, ce dialogue doit maintenant être mené « de manière plus honnête, plus claire ». « Les pères synodaux demandent d'aller au-delà des formules rituelles et d'établir un dialogue moins consensuel », relève un expert qui participe à ces travaux à huis clos.
Ce qu'a résumé brutalement l'un d'eux, dont le nom n'a pas été révélé : « Arrêtons de dire qu'il n'y a pas de problème avec les musulmans, ce n'est pas vrai. Le problème ne vient pas seulement des fondamentalistes, mais des Constitutions. Dans tous les pays de la région, sauf au Liban, les chrétiens sont des citoyens de seconde zone. » La liberté religieuse dans ces pays majoritairement musulmans, même si elle est « garantie par les Constitutions », est de fait « limitée par certaines lois ou pratiques » dans plusieurs de ces pays, relève un document de travail du synode.
En Arabie saoudite, douze Philippins et un prêtre ont ainsi été arrêtés pour prosélytisme au début du mois lors d'une messe célébrée en secret. Et les lois de tous les pays arabes, sauf le Liban, menacent de mort tout musulman qui se convertit à une autre religion.
La montée du fondamentalisme religieux constitue un autre obstacle au dialogue. Mgr Angelo Sodano, doyen des cardinaux, a ainsi jugé « urgent d'œuvrer pour que cessent les courants agressifs de l'islam ».
Et Mgr Georges Nicolas Haddad (Liban) a demandé à l'Église de « distinguer nettement entre islam et fondamentalisme » pour favoriser le dialogue avec les musulmans modérés. « Nous devons avancer dans le dialogue malgré les fondamentalistes », a renchéri Mgr Antoine Audo (Syrie).
Beaucoup jugeant, à l'instar du métropolite d'Alep (Syrie) Gregorios Youhanna Ibrahim, que « l'ennemi le plus dangereux que les chrétiens et les musulmans doivent affronter est l'ignorance » réciproque, ils estiment que c'est dans la vie quotidienne que le dialogue doit commencer.
Les écoles et les universités « fréquentées par les chrétiens et les musulmans » sont « des laboratoires indispensables au vivre-ensemble », a affirmé le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, prônant notamment la « valorisation de la littérature arabo-chrétienne ».
Mgr Élias Nassar (Liban) a pour sa part rappelé des initiatives prises en commun avec les musulmans en 2008-2009 : concerts de chants religieux mixtes, expositions, tournois sportifs et même une pièce de théâtre où l'acteur incarnant saint Paul était ...musulman.

