Lors d’un sommet hier à Deauville, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et Dimitri Medvedev ont convenu de promouvoir un nouveau « partenariat » entre Moscou et ses ex-ennemis de la guerre froide. Eric Feferberg/Pool/Reuters
Principal signe concret de ce climat ouvertement à la détente, le président russe a confirmé sa participation espérée au prochain sommet de l'OTAN les 19 et 20 novembre à Lisbonne, qui doit adopter une nouvelle doctrine stratégique sur laquelle il n'a jusque-là jamais caché ses inquiétudes. « Cela facilitera la voie vers des compromis justes et le développement du dialogue général entre l'OTAN et la Russie », a plaidé Dmitri Medvedev. « C'est une bonne nouvelle », l'a immédiatement félicité Angela Merkel, « nous devons poser la relation entre l'OTAN et la Russie sur des fondements solides ».
Mieux, le président russe a même esquissé un pas vers l'Alliance atlantique sur un autre sujet « irritant », la mise en place d'un bouclier antimissile destiné à protéger le territoire et les populations de l'Europe. L'OTAN doit lancer ce système à Lisbonne et a proposé à Moscou d'y participer. « L'OTAN doit d'abord déterminer elle-même comment elle conçoit une participation de la Russie à ce système », a-t-il relevé, « ce n'est qu'après avoir évalué cette proposition que nous serons capables de donner une réponse sur la façon dont nous serons prêts à y travailler ». Défenseur timide de ce bouclier, Nicolas Sarkozy en a profité pour redire que ce système ne pouvait être que « complémentaire » de la dissuasion nucléaire, auquel la France « n'a pas l'intention de renoncer ». Certaines voix en Allemagne ont récemment jugé que le bouclier avait pour vocation de remplacer la dissuasion nucléaire, mais Angela Merkel a tenu hier à ne pas froisser la France en soulignant que tout désarmement nucléaire « ne peut se faire que sur un principe de réciprocité ».
En échange de ces gestes russes, le président français et la chancelière allemande ont fait un pas vers M. Medvedev en souhaitant des « progrès » sur la question sensible des visas imposés aux Russes dans l'Union européenne, qui perturbe la conclusion d'un nouvel accord entre les deux parties. « Nous savons que c'est un sujet important pour la Russie, il faut progresser étape par étape (...) cela ne se fera pas en une seule fois », a répondu Mme Merkel au président russe qui a répété sa volonté « d'annuler » ces visas. « Les visas, c'est important pour nos amis russes, donc on en parle », a renchéri M. Sarkozy. « Nous avons pris en compte la demande du président Medvedev, lui-même s'est engagé sur d'autres sujets », a-t-il poursuivi en évoquant les questions énergétiques, « il n'y a pas de drame, on essaie de se comprendre, ce qui est important (...) c'est que ça progresse ».
Dans une déclaration commune, les trois dirigeants ont fait preuve de la même convergence en appelant Israël et les Palestiniens à « des efforts » pour sauver la paix et l'Iran à « se conformer » aux résolutions de l'ONU sur son programme nucléaire, ou en défendant l'idée d'un futur « espace commun » russo-européen. À un mois de la présidence française du G20, M. Medvedev et Mme Merkel ont obligeamment repris à leur compte les priorités défendues par M. Sarkozy, notamment en matière de réforme du système monétaire. Un soutien apprécié au moment où le président français est malmené dans son pays par la contestation contre sa réforme des retraites.

