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Liban - L’Éclairage

Berry, « champion » inattendu du libanisme intégral

Brusquement, les ministres représentant le mouvement Amal sortent de leurs gonds et menacent, de ce fait, de claquer la porte. Si le Conseil des ministres ne se saisit pas de suite du dossier des présumés faux témoins. À la surprise de tout le monde, leurs alliés compris. Mais pourquoi cette soudaine surenchère ? Les explications sourdent de toutes parts. Qui dit que Berry, se sentant marginalisé ces derniers temps, veut faire acte de présence par un coup d'éclat. Et qui affirme qu'il lance une peau de banane, pour rendre le terrain plus glissant devant Ahmadinejad. Cela sur recommandation subreptice syro-saoudienne, le président de la Chambre étant l'inventeur de l'équation S-S. Car Damas autant que Riyad ne souhaiterait pas que Téhéran renforce son influence au Liban, sa chasse gardée, ou même qu'il en ait.
Mais avant de prêter attention à ces interprétations, il convient de donner la parole à la partie intéressée. Des cadres d'Amal soutiennent qu'en donnant ses instructions aux ministres du mouvement, le président Berry a voulu signifier à tous qu'il est temps que le Liban et les Libanais commencent à traiter leurs problèmes, à rechercher une solution intra-muros sans permettre l'ingérence d'aucune partie étrangère, aussi amicale qu'elle soit. Ce rappel avait besoin d'un effet de choc pour être bien entendu.
La subtilité de ce message à deux vitesses a bien sûr échappé aux membres du cabinet, minoritaires en tête. En effet, personne n'avait consulté, ou averti à l'avance, du coup de gueule des ministres d'Amal. Ni le CPL, et cela peut se comprendre, les deux formations se regardant toujours en chiens de faïence. Ni même le Hezbollah dont Amal, qui gravite pratiquement dans son orbite sur le plan communautaire, ne se démarque qu'en de rares occasions, et toujours avec d'infinies prudences, ou nuances.
Sur-le-champ, des ministres de la minorité sont sortis de salle pour demander des instructions et des informations sur les raisons d'Amal à leurs directoires respectifs. Retournant à l'intérieur, ils ont chuchoté à leurs collègues que leurs formations se rangent naturellement aux côtés du président Berry pour souligner la priorité du dossier des présumés faux témoins. Mais que, par contre, comme l'a confirmé un représentant du CPL, les directives étaient qu'il ne fallait pas quitter la séance avant qu'elle ne soit levée. Certains ont précisé qu'une sortie en bloc paraîtrait dirigée contre le chef de l'État, ce qui n'est pas l'objectif. Pour le moment, serait-on tenté de dire.
Des ministres de l'ex-opposition ont exprimé des réserves sur le surprenant assaut du président Berry et sur sa tentative de marquer des points par rapport à un dossier, les faux témoins, capital pour le Hezbollah. Comme si le président Berry cherchait à concurrencer le parti de Dieu. Ces responsables précisent qu'il avait été convenu que le dossier en question serait examiné lors de la séance de mardi prochain. Pour eux, il n'y avait aucune raison de vouloir avancer le test de tant de jours. Rappelant que la minorité se proposait de mettre le délai à profit pour bien accorder ses violons concernant le débat projeté.
En effet, le ministre amaliste Ali Abdallah s'est chargé, à l'ouverture des débats, d'avancer l'exigence que le dossier des présumés faux témoins soit immédiatement mis sous étude. Le président Michel Sleiman a répondu que cela se ferait sans faute, mais en fin de programme. Et en signe manifeste de bonne volonté, le Conseil des ministres n'a expédié que 26 points d'un ordre du jour bien plus fourni.
Pour leur part, des sources proches du « speaker » de la Chambre indiquent qu'il avait évoqué avec le président Sleiman la question des faux témoins lors de leur rencontre matinale précédant le Conseil des ministres. Il aurait indiqué que le rapport demandé au ministre de la Justice il y a plus d'un mois et demi avait été prêt dix jours plus tard. Or le gouvernement n'en a toujours pas discuté. S'il s'y était pris à temps, affirment ces amalistes, la Syrie n'aurait eu aucune raison de lancer ce pavé dans la mare que sont les mandats d'arrêt, qui compliquent le problème et génèrent tant de tension.
Mais les mêmes cadres avouent, sans fausse honte, que le chef de leur mouvement devait faire quelque chose, car tout le monde se demandait mais où est donc Berry, pourquoi ne bouge-t-il pas, lui qui est si friand d'initiatives ? Il a donc voulu répondre à cette attente impatiente, selon ses proches. En plaçant tout le monde devant ses responsabilités, avant que la discorde n'éclate.
Des ministres de la majorité pensent, pour leur part, que le timing du geste de Berry, intervenant dans une phase bien délicate, a été soigneusement calculé. En fonction de la prochaine visite du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, ainsi que des développements dans les relations syro-saoudiennes. Pour eux, Berry a voulu redorer son blason, bien faire reluire l'importance de son rôle et de son influence sur le cours des choses au Liban. Pour que nul ne l'ignore, et n'en ignore.
En fait, et des cadres de la minorité le confirment mezzo voce, le président Berry aurait été indisposé du programme de la visite du président Ahmadinejad. Dont l'accueil officiel ne se ferait pas dès sa descente d'avion à l'AIB, mais un peu plus tard, au palais présidentiel de Baabda. On sait en effet qu'au titre de la réciprocité protocolaire, le président Sleiman ne pouvait se trouver présent à l'aérodrome car lorsqu'il avait visité Téhéran son homologue iranien ne l'avait pas accueilli en premier.
Mais retour au problème numéro un. Le chef de l'État a prié le ministre de la Justice, Ibrahim Najjar, de réviser sa copie, qui commence à dater, à la lumière des derniers développements. Donc, pour tout dire, de ces mandats d'arrêt syriens qui modifient toutes les donnes, aussi bien politiques que judiciaires. Mais également des points mis sur les i par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, qui a rappelé autant l'intangibilité que l'indépendance du TSL. Tandis que son assistante judiciaire priait le tribunal, dans une note comminatoire, de ne pas livrer de pièces à de tierces parties, car elles sont classées documents inviolables de l'ONU. Une réponse de refus émanant de la matrice même de la cour, à la requête du général Jamil Sayyed. Ce qui porte le Hezbollah à accuser l'ONU de s'ingérer abusivement dans les travaux et les actes du TSL.
Quoi qu'il en soit, la séance de mardi prochain risque d'être animée. Le Conseil des ministres va débattre du rapport Najjar et les loyalistes ont la ferme intention de verser leur grain de sel. En exigeant qu'on ajoute au dossier l'affaire d'Abou Adass, des 13 pèlerins de nationalité australienne et bien d'autres suspects. Et les minoritaires vont riposter que les seuls faux témoins sont ceux dont les dépositions ont fait jeter en prison les quatre généraux. On imagine l'empoignade...

Brusquement, les ministres représentant le mouvement Amal sortent de leurs gonds et menacent, de ce fait, de claquer la porte. Si le Conseil des ministres ne se saisit pas de suite du dossier des présumés faux témoins. À la surprise de tout le monde, leurs alliés compris. Mais pourquoi cette soudaine surenchère ? Les explications sourdent de toutes parts. Qui dit que Berry, se sentant marginalisé ces derniers temps, veut faire acte de présence par un coup d'éclat. Et qui affirme qu'il lance une peau de banane, pour rendre le terrain plus glissant devant Ahmadinejad. Cela sur recommandation subreptice syro-saoudienne, le président de la Chambre étant l'inventeur de l'équation S-S. Car Damas autant que Riyad ne souhaiterait pas que...
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