Le Patriarche Sfeir songeur: quel avenir pour les chrétiens du Moyen-Orient? (DR)
Les deux principaux buts du synode sont :
1- le renouveau et la confirmation des catholiques dans leur identité à travers la Parole de Dieu et les sacrements ;
2- le rétablissement de la communion ecclésiale entre les Églises orientales sui iuris (de plein droit). Ces Églises ont certes besoin de vivre leurs spécificités liturgiques, linguistiques et pastorales, mais aussi de réaliser une plus grande communion entre elles. Actuellement, cette communion laisse à désirer.
Identification des problèmes majeurs
Un survol rapide de la situation dans différents pays de la région permet d'identifier les problèmes majeurs dont souffrent les communautés chrétiennes du Moyen-Orient, problèmes qui souvent s'interpénètrent :
- L'émigration : aujourd'hui des Églises sont en danger, du point de vue purement numérique. Certes, toutes ne sont pas exsangues. Catéchèse et pastorale ont fait des progrès. En nombre de pays, séminaires et noviciats sont pleins. Mais la baisse numérique des chrétiens dans certains pays arabes, Irak et Palestine d'abord, est inquiétante. Le synode est convoqué aussi pour endiguer l'émigration des chrétiens. Il s'agit notamment, à travers le Vatican, d'alerter les consciences occidentales sur leurs responsabilités dans la situation actuelle. Du reste, l'hémorragie humaine qui affecte nos pays a attiré l'attention des musulmans, qui voient dans cet exode un appauvrissement pour la société arabe. L'émigration des chrétiens est donc, aussi, une responsabilité musulmane.
- Qui dit émigration, dit diaspora. Des Églises ont des diasporas qui comptent infiniment plus de fidèles que sur leur territoire propre. Il serait étonnant que la revendication maintes fois entendue de pouvoir resserrer les liens avec la diaspora ne soit pas réitérée, avec comme corollaire la demande du droit de juridiction universelle pour les patriarches. Le paradoxe actuel est que les Églises orientales catholiques ne peuvent pas établir de hiérarchie propre hors de leur territoire propre, alors que les Églises orthodoxes ne s'en privent pas. S'il n'y a pas d'avancée sur ce sujet, la disparition de certaines Églises se trouvera, à terme, programmée.
- Les conversions à l'islam. Il est vrai que peu de chrétiens deviennent musulmans. Mais étant donné le nombre réduit de chrétiens et le phénomène de l'émigration, chaque fidèle compte. En Égypte, on parle de 15 000 jeunes chrétiennes qui, chaque année, deviennent musulmanes par mariage. De pareils cas se produisent ailleurs aussi. Les conversions ne touchent pas seulement les filles, elles touchent les ouvriers étrangers dans les pays du Golfe. Cela les aide dans l'embauche.
- La montée de l'islam politique : depuis les années 1970, c'est un phénomène saillant qui affecte la région et la situation des chrétiens dans le monde arabe. Cet islam politique comprend différents courants religieux qui cherchent à imposer un mode de vie islamique aux sociétés arabe, turque, iranienne et à tous les résidents, musulmans et non musulmans. Dans ce but, certains n'hésitent pas à recourir à la violence.
Il y a en outre des États, autoritaires, majoritairement musulmans, qui déclinent la question de leurs minorités suivant des logiques idéologiques et politiques qui leur sont propres. Les politiques de traitement des minorités doivent donc être interrogées, sans oublier la place assignée par la religion musulmane aux autres religions, une facette du problème qui n'est pas négligeable.
- La mentalité de ghetto : la religion considérée comme élément d'identification peut non seulement différencier la communauté, mais engendrer intolérance, hostilité, repli sur soi, peur de l'autre ou mentalité de ghetto.
Réponse du synode aux attentes des chrétiens du Moyen-Orient
L'Église catholique ne prétend pas offrir des solutions toutes faites à tous les problèmes des chrétiens qui vivent au Moyen-Orient. La situation de chaque Église, voire de chaque fidèle, est particulière. On ne peut pas trouver la solution parfaite pour toutes à la fois. L'Église indique les moyens de trouver la solution à ces problèmes, elle propose 3 voies importantes :
1- Former les chrétiens à lire et à vivre de la Parole de Dieu.
On trouve au Moyen-Orient une grande religiosité et beaucoup de dévotion populaire. Mais la Parole de Dieu n'a pas encore pris sa juste place dans la spiritualité du peuple chrétien. Il faut faire beaucoup d'efforts pour initier le peuple à la lecture et à la méditation de la Bible, et œuvrer pour que cette Parole change les cœurs.
2- Former les chrétiens au pardon, à la réconciliation et à l'ouverture à l'autre.
Les conflits au Moyen-Orient ont produit des haines et des rancunes irréductibles. Kurdes, Iraniens, Palestiniens, Israéliens et Libanais en ont terriblement souffert. Parfois la religion s'y mêle comme arrière-fond pour idéologiser le conflit et le durcir. La solution n'est pas dans les représailles, qui créent un cercle vicieux de violence sans fin, mais dans le dialogue et le pardon. Ce sera le travail des éducateurs à long terme. Les chrétiens auront leur contribution à offrir dans la résolution des conflits de caractère politique ou religieux.
L'ouverture à l'autre a enfin une dimension œcuménique. La divergence majeure entre l'Église catholique et les Églises orthodoxes tient dans la notion de primauté de l'évêque de Rome. Dans son encyclique Ut unum sint (numéros 88-96, et surtout 93 et 95), Jean-Paul II endosse la responsabilité de « trouver un moyen d'exercer la primauté qui, tout en ne renonçant en aucune manière essentielle à sa mission, n'en est pas moins ouverte à une nouvelle situation, en tenant compte de la double tradition canonique latine et orientale ».
L'ouverture à l'autre a aussi une dimension interreligieuse. Le pape Benoît XVI, en visitant la Terre sainte, la Palestine et la Turquie, a tenu à rencontrer les chefs musulmans. Il a fait de même avec la religion hébraïque pour encourager le dialogue interreligieux. Il sait que le futur de l'humanité dépend des efforts déployés en ce sens.
À noter que, déjà, les chrétiens jouent un rôle de passeurs entre les différentes obédiences musulmanes car ils vivent au contact de tous. Les chrétiens, à travers notamment leurs institutions d'enseignement et de santé ouvertes à tous, créent des lieux de convivialité porteurs de valeurs communes à tous. Pour beaucoup d'hommes d'église, les chrétiens forment l'Église arabe qui partage la mission de l'Église universelle d'annoncer la bonne nouvelle de Jésus-Christ. C'est peut-être là que se trouve le plus grand enjeu.
3- Former les chrétiens à considérer leur présence comme une vocation et non comme une fatalité.
Les chrétiens vivent au Moyen-Orient avec d'autres peuples dont ils partagent la langue, l'histoire et beaucoup de traditions. Ils sont appelés à être témoins du Christ dans les pays même où ils vivent. Fuir leurs pays d'origine, c'est fuir la réalité. Leur départ affaiblira le petit reste, qui cherchera lui aussi à partir.


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