La place Saint-Pierre à Rome. (DR)
Ces assises prendront la forme d'une assemblée spéciale du synode, une instance consultative créée par Paul VI, prédécesseur de Jean-Paul II, pour assister le pape dans ses responsabilités pastorales.
Pour comprendre la dynamique et la portée de ces assises, il faut se rappeler qu'il s'agit essentiellement d'une démarche ecclésiale, sous la conduite de l'Esprit saint, une démarche qui conduit à une meilleure vie plutôt qu'à de meilleures idées.
« L'Église est née le jour de la Pentecôte par la grâce et la puissance de l'Esprit saint ; elle a reçu de lui sa vie et sa mission. Depuis deux mille ans, elle ne cesse de faire en elle l'expérience de sa présence efficace. J'espère que le prochain synode nous donnera encore l'occasion de faire cette joyeuse expérience », affirme à l'appui de cette vérité Mgr Ramzi Garmou, archevêque de Téhéran pour les chaldéens.
Certains évêques ont contesté l'utilité de ces assises. « Dans de pareils synodes, on remonte au déluge et on traite de tous les sujets de la foi », estime dans un entretien récent Mgr Youssef Kallas, archevêque de Beyrouth pour les grecs-catholiques, qui déplore que le document de travail initial ait occulté, en parlant de l'émigration des chrétiens, l'exode qui les conduit d'une région à l'autre à l'intérieur d'un même pays.
« Les "Lineamenta" (document préparatoire au synode) ont été rédigés par des personnes savantes à Rome même », regrette aussi l'évêque.
Aussi lacunaire que soit ce premier document, il reste qu'il était là pour servir de point de départ et qu'il a été établi, en partie, par l'un des grands spécialistes des chrétiens du monde arabe, le P. Samir Khalil s.j.
« Je crois qu'il y a un manque de conscience de l'importance de ce synode, plusieurs évêques pensant que c'est Rome qui l'organise ! » déplore Mgr Louis Sako, archevêque chaldéen de Kirkouk, à l'origine d'un projet lancé par lui comme un signal d'alarme.
Impact final
En fait, personne ne doute de l'importance du synode, mais beaucoup restent sceptiques sur son impact final sur la situation des chrétiens, que ce soit en Irak, en Terre sainte ou ailleurs.
Certains des thèmes qui seront abordés, en effet, comme celui de l'émigration, ont déjà été explorés en profondeur par d'autres assemblées ecclésiales. En fait, ce problème est l'un des « sentiers battus » de la réflexion chrétienne sur lequel il sera difficile d'apporter du nouveau. En outre, en raison des causes de l'émigration, qui touchent à la nature des États du Moyen-Orient et à la politique arabe et internationale, ce thème débouche immanquablement sur des essais de stratégie politique.
En fait, pris à leur propre vertige, les spécialistes évoqueront le déclin numérique des chrétiens, en annonçant par exemple qu'au Liban, en 2050, ils ne seront plus que 12 % de la population, sans se rendre compte que l'histoire n'est jamais linéaire, et que s'il y a des tendances générales, il y a aussi des ruptures et des inversions.
L'erreur fondamentale que commettent les stratèges qui se basent sur les chiffres, c'est d'oublier que l'Église est une réalité indissociablement humaine et divine, et de se contenter d'agir sur la seule dimension humaine.
Or, si l'on préserve sociologiquement l'Église et qu'on ne la renouvelle pas, on n'a - presque - rien fait. Il est insuffisant de regarder seulement le chiffre des départs des chrétiens d'Orient, en oubliant par exemple celui de la fréquentation des sacrements par les jeunes, ou le nombre de mariages en difficulté. Car ces défections ou ces démissions sont aussi des « départs ». Ce sont ici les problèmes de la « nouvelle évangélisation » et de ses agents qui est en jeu, notamment du rôle fondamental joué de nos jours par les mouvements d'apostolat nés dans le prolongement de Vatican II. À ce niveau, l'Église doit relever le défi culturel et par conséquent philosophique du « relativisme éthique », devenu planétaire, qui se propose souvent comme « un autre évangile ».
« Nouvelle évangélisation »
L'impact de cette nouvelle évangélisation ne peut être minimisé. Elle est une clé non seulement de l'émigration des chrétiens, mais des rapports que les Églises entretiennent entre elles. « Les Églises catholiques particulières ont amélioré leur coopération intérieure depuis le synode pour le Liban (1997, NDLR), dit Mgr Youssef Kallas. Mais les résultats étaient minimes. Le triomphalisme des uns, la volonté d'amalgame des autres, au risque d'éliminer les petites communautés dans l'une ou l'autre région, ont fait barrière à une véritable coopération pastorale. Ce n'est pas l'initiative pontificale qui portera des fruits. C'est la détermination des Églises catholiques à s'épauler qui fera plus d'effet. Plus l'initiative vient de l'intérieur, sans être imposée par une décision étrangère, meilleurs seront les résultats. »
À ces rapports des catholiques entre eux s'ajoute celui des rapports extrêmement délicats entre catholiques et orthodoxes. Mgr Louis Sako, archevêque chaldéen de Kirkouk, affirme à ce sujet : « Avec les Églises apostoliques non catholiques, le problème est l'ecclésiologie : il faut avoir le courage de faire tomber les formalités et viser le concret. J'ai parfois le sentiment que les relations entre les Églises relèvent plutôt de la diplomatie. L'union des Églises sœurs renforcera le christianisme oriental qui est menacé dans son existence. »
S'il est un volet où la politique entre en ligne de compte, c'est plutôt celui des rapports entre les Églises catholiques et les communautés musulmanes, voire les États musulmans. C'est dans ce domaine que le Vatican peut - peut-être - user de ses relations internationales, ou que les chrétiens peuvent se distinguer dans leurs pays même. Mais cela ne saurait, en aucun cas, les dispenser du devoir de témoignage, et peut-être de martyre. « Selon l'Évangile et la tradition vivante de l'Église, affirme Ramzi Garmou, archevêque chaldéen de Téhéran, ce qui fait que l'Église soit missionnaire et que son message soit crédible, ce n'est pas sa grandeur visible, c'est-à-dire le nombre de ses fidèles, ni ses institutions ou ses richesses matérielles, mais c'est la qualité du témoignage qu'elle donne du mystère caché en elle et la vie de foi de ses fidèles qui la rendent vivante et attirante. Aussi faut-il donner une importance particulière au dialogue de vie avec l'islam qui, à mon avis, est plus fructueux que celui des idées et des dogmes qui est souvent sans issue. »
Des éléments de ce dossier sont extraits d’autres travaux sur le synode, notamment d’un dossier consacré au sujet par « Œuvre d’Orient ».

