« Depuis sa percée dans les années 1980, l'extrême droite a prouvé qu'elle était devenue une force politique significative sur la scène européenne », estime Magali Balent, de la Fondation Robert-Schuman, spécialisée dans les questions européennes. La crise économique qui frappe le Vieux Continent explique en partie le regain de l'extrême droite en Europe, mais pas seulement. Le multiculturalisme, l'islam en particulier, est souvent la cible privilégiée de ces mouvements. En conséquence, leur critique de l'Union européenne qui défend la libre circulation des citoyens européens, la liberté de religion et les bienfaits de la mondialisation est sans concession. Et l'Union a peu de moyens de se défendre face à ceux qui mettent en cause ses valeurs.
Il faut remonter à l'année 2000 pour voir l'UE hausser le ton face à l'extrême droite. Cette année-là, pendant huit mois, l'Autriche fut mise à l'écart de ses partenaires européens en raison de l'entrée dans son gouvernement de représentants de l'extrême droite populiste du FPO. La présidence tournante de l'UE avait même interdit aux États de l'Union de donner leur appui à des candidats autrichiens recherchant des postes dans des organisations internationales. Au final, le résultat fut plus que décevant. Et quand l'extrême droite n'est pas au pouvoir, ses thèmes peuvent contaminer les partis de droite traditionnelle.
L'UE « doit s'interroger sur la responsabilité qu'elle porte » dans la percée de l'extrême droite, estime Mme Balent. Elle « ne pourra faire l'impasse d'un débat sur son identité et ses limites géographiques, afin de prouver sa singularité et ainsi contredire ceux qui l'accusent d'être aux ordres d'un projet d'uniformisation des cultures et des identités à l'échelle mondiale ».

