« Il est temps de passer à la construction d'écoles, de logements, d'hôpitaux pour 11 millions de Roms sur le continent européen, dont neuf sont des citoyens de l'UE », a déclaré hier le secrétaire d'État français aux Affaires européennes, Pierre Lellouche.
En privé, de nombreux responsables européens estiment que l'UE fait en partie les frais d'un élargissement mal maîtrisé de l'Europe à l'Est, notamment à la Roumanie, qui compte à elle seule deux millions de Roms largement paupérisés, et à la Bulgarie, 800 000. Avec la polémique actuelle, ces deux États pourraient devoir attendre plus longtemps qu'escompté à la porte de la zone Schengen, l'espace européen sans passeport.
Au-delà, Bruxelles reproche à tous les pays européens de ne pas suffisamment faire pour l'intégration en sous-utilisant de manière flagrante les fonds de l'UE pourtant prévus à cet effet. La Commission vient de mettre en place un groupe de travail pour étudier la question. Pour la période 2007-2013, seuls 12 des 27 États de l'Union européenne consacrent de l'argent du Fonds social européen aux Roms. Pour la commissaire à la Justice et aux Droits des citoyens, Viviane Reding, au centre cette semaine d'une vive controverse avec la France, l'explication est surtout politique. « L'argent est disponible mais n'est pas utilisé pour résoudre le problème. Pourquoi ? Eh bien à mon avis, c'est peut-être parce qu'il n'est pas très populaire dans nos États membres de prendre des fonds européens et de le consacrer à la communauté rom », victime depuis des siècles de préjugés, a-t-elle déclaré devant le Parlement européen. Résultat : les Roms d'Europe de l'Est depuis l'ouverture de l'UE migrent pour certains vers l'Ouest plus opulent, où des pays comme l'Italie et la France ont opéré un tour de vis sécuritaire à leur égard en décidant le démantèlement de camps jugés illégaux.
Les responsables politiques tirent parti d'un climat de plus en plus hostile à l'immigration en général dans l'opinion en Europe, aiguisé par une crise économique d'une ampleur historique sur le Vieux continent. L'ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt, aujourd'hui chef de file des libéraux au Parlement européen, s'est ému hier que « partout en Europe, des gouvernements utilisent la xénophobie parce qu'ils n'ont pas assez de réponses à la crise économique ».

