Des tenues finement brodées, aux couleurs étincelantes, qui ne sont pas sans rappeler les robes européennes des XVIIe et XVIIIe siècles... le décolleté en moins. Adek Berry/AFP
Sharifa Ahmad est venue spécialement à Djakarta de Malaisie pour se choisir une tenue qu'elle portera demain pour célébrer l'Aïd el-Fitr, la fin du ramadan. Elle a jeté son dévolu sur une abaya (djellabah) au col finement brodé et sur un voile assorti où brillent des cristaux Swarovski. « Cette tenue est parfaite pour un jour saint : à la fois sobre et élégante. Je vais me débarrasser de ma petite robe noire traditionnelle », déclare la jeune femme de 35 ans, fonctionnaire à Kuala Lumpur.
Comme Sharifa, les femmes sont de plus en plus nombreuses à chercher en Indonésie, le pays musulman le plus peuplé au monde, une mode islamique qui ne se limite pas aux robes sombres et aux burqas. Elles apprécient la liberté que prennent les couturiers indonésiens pour marier les traditions du monde musulman, venues essentiellement du Moyen-Orient, à celles de l'archipel, réputé pour ses tissus en batik ou ikat colorés. « Les tenues musulmanes peuvent être simples et chics. Et même fantaisistes. Elles ne sont pas uniquement portées durant les cérémonies par des croyants qui lisent le Coran jour et nuit », affirme Taruna Kusmaryuda Kusmayadi, président de l'Association des créateurs indonésiens. Stimulée par la popularité du port du voile dans l'ensemble du monde musulman, « cette mode se joue des frontières », ajoute-t-il.
Les professionnels indonésiens se félicitent d'une croissance de 20 % à 30 % de leurs ventes depuis le début de l'année, grâce notamment aux Malaisiens et aux Singapouriens. « Les clients arrivent par cars entiers et achètent dix à vingt vêtements. Lorsqu'ils retournent dans leur pays, ils font de nouvelles commandes par téléphone », témoigne Azizah, un vendeur de textile de Djakarta. Son collègue Vishal Kumar accueille également de nombreux intermédiaires qui « achètent le tissu et confectionnent en Indonésie pour revendre chez eux, à un prix plus élevé ».
Mais comme Djakarta n'a pas le statut de capitale de la mode, la créatrice Dian Pelangi préfère se déplacer pour montrer sa collection de drapés « spéciale Aïd », du Caire à Londres, en passant par Abou Dhabi et Kuala Lumpur. Avec succès, puisqu'elle a vendu « des milliers » de vêtements pour un prix moyen de 2,5 millions de roupies (277 dollars). « Les femmes arabes aiment le glamour. Mes robes de couleur marron, décorées de motifs peints à la main, se sont arrachées. Comme celles avec des perles et des diamants fantaisie », se réjouit-elle. « Les clients du Proche-Orient marchandent peu et achètent en gros lorsqu'ils aiment un produit. C'est vraiment un marché lucratif », précise Dian Pelangi, dont les ventes ont plus que triplé cet été.
Hassan Marican, patron d'une société textile de Singapour, Second Chance, affirme importer 20 % de ses robes d'Indonésie, où « les couturiers sont très créatifs et la main-d'œuvre moins chère ». « La mode peut présenter un fort potentiel de développement » pour l'Indonésie, espère le ministre de l'Industrie, M.S. Hidayat. Elle contribue déjà à la progression des exportations textiles, qui devraient atteindre dix milliards de dollars en 2010 contre 9,26 milliards de dollars l'année dernière.
À elle seule, la mode islamique pourrait peser 96 milliards de dollars dans le monde si la moitié des 1,6 milliard de musulmans dépensait 120 dollars par an en vêtements, a récemment évalué l'Université Esmod de la mode à Dubaï.

