Dans Maputo, les Mozambicains continuent de manifester et d’ériger des barricades, malgré les appels au calme du gouvernement. Sergio Costa/AFP
Coincées entre un centre commercial moderne et une arène de tauromachie datant du temps des colons portugais, les modestes maisons de parpaings de Mafalala abritent tout un peuple qui survit au jour le jour. Mère de trois enfants, Marcela n'a guère d'autre choix que d'aller travailler, même si elle partage la colère qui a explosé mercredi dans les faubourgs de Maputo, lorsque les textos ont couru d'un portable à l'autre pour appeler à la grève générale contre les hausses de prix. « Le coût de la vie est élevé. Très élevé. C'est difficile de vivre », dit-elle. Les quelque 54 dollars de son salaire de femme de ménage suffisent déjà à peine à nourrir la famille : il faut payer l'eau, l'électricité qui augmente sans arrêt, l'école des enfants... Même avec ce qu'envoie son mari, exilé dans une mine d'Afrique du Sud, c'est dur. Rien que le pain, c'est l'équivalent de 12 dollars par mois, souligne Marcela.
Le pétrole, l'eau et l'électricité viennent d'augmenter. Alors, ajoute-t-elle, quand le gouvernement a annoncé une hausse de 25 % du pain pour la semaine prochaine, rien d'étonnant à ce que les gens soient descendus dans la rue.
En dépit d'une solide croissance dans ce pays dévasté par la longue guerre civile (1976-1992) qui a suivi le conflit armé pour l'indépendance, 65 % des 20 millions de Mozambicains vivent encore sous le seuil de pauvreté. Le président Armando Guebuza, réélu en octobre 2009, a promis de lutter contre le fléau. Depuis 1992, le gouvernement a investi des milliards de dollars, soutenu par l'aide internationale, pour déminer et remettre en état ses infrastructures. Les exportations, de charbon notamment, reprennent petit à petit dans ce pays tourné vers l'océan Indien. Le produit intérieur brut (PIB) par tête a doublé. Mais la pauvreté peine à reculer, toute cette activité n'ayant encore généré que très peu d'emplois.
Pour Marcelo Mosse, du Centre pour l'intégrité publique - centre de réflexion indépendant -, les gens attendent du gouvernement qu'il réduise ses propres dépenses, symboliquement. Et de remarquer : « Le président se déplace avec six hélicoptères lorsqu'il visite une communauté à 30 km de Maputo... »

