Sophie et Katherine : une créativité qui fait un tabac.
Au départ, les deux sœurs ont eu l'idée de peaufiner et de sophistiquer ce petit gâteau tout simple, traditionnellement préparé puis décoré avec amour par les mamans américaines à l'occasion des fêtes d'anniversaire de leurs bambins. Elles en ont alors concocté toute une gamme de différentes saveurs et à l'apparence « artsy » qui flattent à la fois le palais et l'œil. Sans le savoir, elles venaient de façonner une nouvelle culture à base de raffinement, de convivialité et autres états d'âme : le « cupcake », version américaine de la madeleine de Proust. Ici, c'est la recherche d'un temps meilleur et le credo d'un rêve américain pouvant avoir le dernier mot sur le tumulte mondial.
Un petit bonheur
Une sociologue lie cet emballement pour ce petit gâteau new look surmonté d'une crème glacée au désir d'appartenir à une collectivité. En faisant la queue devant le magasin, on est amené à engager une conversation avec les autres. Sont-ils là depuis longtemps ? Que choisiront-ils aujourd'hui ? Et, de fil en aiguille, la conversation s'élargit à d'autres champs. En revenant une deuxième et une troisième fois, on peut se trouver en pays de connaissance. Qui sont les adeptes de cette spécialité ? Aussi bien les étudiants de l'Université de Georgetown qui viennent là en voisin que des jeunes et moins jeunes de tous bords et de tous horizons. Sans compter les touristes qui ont inscrit le « cupcake DC » à leur programme, au même titre que les monuments et les musées de la ville. Ainsi, pour pas cher, on peut s'émoustiller les papilles et l'esprit pour se remettre en forme, pour le plaisir de la découverte ou encore pour se connecter aux autres. Comme sur Facebook. Même les riverains de cette pâtisserie ne se plaignent plus de la file d'attente qui, souvent, bouche leur porte d'entrée. L'un d'entre eux précise : « Cela vaut mieux qu'un voisinage de bar et sa kyrielle de bruyants soûlards. Ici, juste une petite gourmandise, ça va ! »
Dans le roman American pie, l'auteur Pascal Le Draoulec se demandait si traditions culinaires et autres en ce temps de fast-food et du tout high-tech faisaient bon ménage. Réponse chez Sophie et Katherine qui mettent la main à la pâte pour en faire les principaux ingrédients de leur label : complètement relooké, mais toujours artisanal. Un simple petit bonheur.

