Point d'orgue de l'argumentation israélienne destinée aux Américains : la frontière syrienne reste calme, malgré l'occupation du Golan et sans doute parce que la paix n'a jamais été conclue entre les deux pays. Et pourrait ne l'être jamais, avec ou sans restitution du plateau, car la position officielle de la Syrie est qu'elle n'accepte pas les accords séparés. Ni pour elle ni pour les autres et elle l'avait prouvé en rejetant Camp David, Wadi Araba et Oslo.
Il convient de signaler qu'après Yitzhak Rabin le travailliste, qui avait été sur le point de conclure avec Hafez el-Assad, la situation s'est beaucoup compliquée. Car l'Israël d'Ariel Sharon et de l'extrême droite s'est mis à exiger pour rendre le Golan que le front avec le Liban et avec les Palestiniens de Gaza ou de Cisjordanie soit définitivement sécurisé. En précisant que la Syrie devait aider à faire désarmer le Hezbollah et le Hamas, ce à quoi cette dernière se refuse.
Benjamin Netanyahu répète donc qu'il n'y aurait de retrait israélien du Liban et des territoires palestiniens qu'une fois la sécurité d'Israël bien assurée et solidement garantie. Or il est évident que cette condition ne serait pas forcément réalisée en cas de signature de la paix. Puisque le Hezbollah, le Hamas, le Jihad islamique ou d'autres formations radicales annoncent pour l'un qu'il garderait ses armes, et pour les autres qu'ils refuseraient tout traité.
Partant de ces données, il devient difficile, voire impossible, de dissocier les trois volets palestinien, syrien et libanais. En effet, c'est partout à la fois qu'Israël exige la sécurité. Le problème le plus ardu, le nucléus du conflit, reste lié évidemment au cas des Palestiniens, puisqu'ils sont au cœur même du foyer israélien, ou qu'ils y collent de près. C'est-à-dire qu'Israël peut sans doute pérenniser un cessez-le-feu à une frontière déterminée, avec le Liban par exemple, mais ne peut prévenir des attentats à la bombe à domicile, ou des volées de roquettes tirées à partir de Gaza, sinon du Sinaï proche.
Dans l'état des lieux actuel, la paix reste donc extrêmement éloignée. Dans les territoires, on note ainsi la quasi impossibilité d'un accord sur la délimitation des frontières d'un État palestinien potentiel, dont les prérogatives et la souveraineté seraient si limitées par l'État hébreu, qui lui refuse de disposer d'une armée, ou même de conduire à sa guise sa politique étrangère, qu'on se demande comment on pourrait parler d'État. On sait aussi que Jérusalem constitue une pomme de discorde définitive. Les Palestiniens veulent en faire leur capitale. Et Israël leur demande pourquoi, du moment qu'il est en train de judaïser toute la cité, sites sacrés compris. En sus de l'extension des colonies en Cisjordanie.
Retour à la case départ : les responsables américains déclarent en toutes lettres : « Pas de paix dans la région si toutes les parties concernées ne réalisent pas, une fois pour toutes, que nous sommes engagés à la protection de la sécurité d'Israël. » Les États-Unis, pour confirmer cette volonté, ont livré à l'État hébreu des avions de combat extrêmement sophistiqués, sans rivaux dans le ciel militaire du monde, après les craintes qu'il a exprimé au sujet du nucléaire iranien. Ils ont donc encore renforcé sa suprématie aérienne dans la région.
Il reste que la mission de George Mitchell, l'émissaire de Barack Obama, n'est pas encore morte et enterrée. Mais s'il n'y a pas réouverture des négociations directes palestino-israéliennes dans les prochains mois, l'option de paix ne pourrait plus être défendue qu'à travers une nouvelle conférence internationale, du genre de celle de Madrid.


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