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Moyen Orient et Monde - Reportage

Après dix ans d’éclipse, les guides israéliens redécouvrent Bethléem

Au début de l'été, l'État hébreu a autorisé 50 guides et chauffeurs de tourisme israéliens à exercer en Cisjordanie.

Moshe Gabay fait visiter à un groupe d’Allemands l’incontournable basilique de la Nativité, haut lieu du tourisme palestinien qui attire plus de 2,5 millions de personnes par an.     Menahem Kahana/AFP

Moshe Gabay se penche sur le conducteur du car de tourisme pour l'interroger sur le nom du camp de réfugiés qu'ils viennent de passer. Après dix ans d'absence, les guides israéliens s'aventurent en terre presque inconnue en Cisjordanie. « Je ne connais pas très bien Bethléem, alors je demande l'aide de Ali », le conducteur, originaire de Galilée (nord d'Israël), confesse-t-il en allemand au micro à l'intention de son groupe de jeunes touristes.
Au début de l'été, Israël a autorisé 50 guides et chauffeurs de tourisme israéliens à exercer à Bethléem et Jéricho, en Cisjordanie, en dérogation à l'interdiction pour les Israéliens d'entrer dans les zones autonomes palestiniennes depuis la seconde Intifada en septembre 2000. « J'appelle l'armée deux heures avant, j'arrive au barrage et ils me laissent passer. Quand je pars, je dois les appeler pour le leur dire », explique Moshe Gabay, qui s'occupe de touristes européens pour une agence basée à Jérusalem. « Auparavant, j'étais obligé de descendre avant le barrage et de dire au groupe : "Je n'ai pas le droit d'entrer parce que c'est dangereux pour moi" et les laisser continuer tout seuls ou avec un guide palestinien ; ça créait toujours un malaise. »
Contrairement à ses collègues plus âgés, Moshe, 27 ans, découvre la Cisjordanie. « Je ne connais les villes palestiniennes que par mon service militaire, c'est un peu étrange d'aller en habit civil dans des boutiques ou des sites touristiques. En circulant dans Bethléem, on voit des photos de terroristes, de "martyrs" qui se sont fait exploser, mais en même temps tous ceux qui sont intéressés par notre présence, donc c'est une impression mitigée », confie-t-il. Il mène son groupe dans l'incontournable basilique de la Nativité, haut lieu du tourisme palestinien qui attire plus de 2,5 millions de personnes par an, puis dans un restaurant traditionnel pour le déjeuner.
La mesure représente aussi un enjeu économique. « En tant que tour-opérateur, cela rend mes programmes beaucoup plus intéressants, en particulier pour les Européens », indique le guide. Les Palestiniens espèrent surtout un accès plus large pour leurs guides, dont 42 sont déjà accrédités par Israël. « Ce n'est pas juste de permettre aux guides israéliens de venir à Bethléem et pas à nous d'aller en Israël, estime Issa Abou Daoud, qui guette les touristes devant la basilique. Si je vais à Jérusalem avec un groupe pendant dix jours, cela me rapportera beaucoup plus que par périodes de deux heures ici. » Un autre guide, Rami Bandak, attend depuis 2006 le droit d'opérer en Israël : « L'Association des guides israéliens pense que c'est un piège, que nous allons arriver par centaines, mais nous ne sommes que 24 à demander une autorisation. »
Raphaël Ben Hur, directeur général adjoint du ministère israélien du Tourisme, voit dans le tourisme et le pèlerinage « un pont pour la paix » et un excellent baromètre du contexte politique : « Le touriste est le premier à fuir en cas de tension et le dernier à revenir quand la situation s'améliore. » Compte tenu du succès du projet, « l'armée et la police ont décidé d'ajouter 50 autorisations » pour les professionnels israéliens, assure-t-il, sans se prononcer sur le nombre de guides palestiniens supplémentaires.
Moshe Gabay se penche sur le conducteur du car de tourisme pour l'interroger sur le nom du camp de réfugiés qu'ils viennent de passer. Après dix ans d'absence, les guides israéliens s'aventurent en terre presque inconnue en Cisjordanie. « Je ne connais pas très bien Bethléem, alors je demande l'aide de Ali », le conducteur, originaire de Galilée (nord d'Israël), confesse-t-il en allemand au micro à l'intention de son groupe de jeunes touristes.Au début de l'été, Israël a autorisé 50 guides et chauffeurs de tourisme israéliens à exercer à Bethléem et Jéricho, en Cisjordanie, en dérogation à l'interdiction pour les Israéliens d'entrer dans les zones autonomes...
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