Son adoubement par les Verts français pour les représenter lors de la présidentielle de 2012 semble bien parti. L'université d'été de son parti, qui s'ouvre demain à Nantes (Ouest), devrait en témoigner. Rien n'y sera décidé officiellement, mais une image valant tous les discours, Eva Joly clôturera ces journées samedi à côté de la numéro un des Verts Cécile Duflot, de 30 ans sa cadette. Présentée un temps comme une alternative, celle-ci a affirmé qu'elle « ne fera rien » contre sa « copine ». Et le numéro 2 des Verts, Jean-Vincent Placé, qui préférait il y a quelques mois une « jeune dynamique » à une « vieille éthique », juge désormais la candidature d'Eva Joly « extrêmement consensuelle ».
Car, derrière son faux air de novice en politique, l'ancienne juge d'instruction, rendue célèbre dans les années 90 pour avoir incarné l'image d'une justice qui s'attaque au pouvoir et au monde des affaires en France, a profité de l'été pour s'imposer médiatiquement. Baignant dans son élément avec la succession d'affaires qui ont touché le gouvernement, elle a fait feu de tout bois, lançant d'une voix calme des flèches teintées de son accent norvégien. Dénonçant des « scandales d'État », elle a été la première à réclamer la démission du ministre du Travail Éric Woerth, soupçonné de conflit d'intérêts et de financement illégal de parti politique dans l'affaire Bettencourt, jugeant que « dans une démocratie normale, la démission s'impose ». Après le durcissement sécuritaire de Nicolas Sarkozy fin juillet, qui lie immigration et délinquance, elle l'accuse de pratiquer « un racisme d'État », en estimant que « c'est très fasciste » de nommer des « boucs émissaires ». Un discours qui fait taire les critiques au sein de son parti lui reprochant un ego démesuré ou de ne pas avoir le profil classique de la militante de gauche environnementaliste.
De fait, Gro Eva Farseth, née dans un quartier ouvrier d'Oslo en 1943, n'a pas vraiment le cursus traditionnel des élites françaises. Lorsqu'elle débarque comme jeune fille au pair dans une famille bourgeoise parisienne en 1964, elle s'éprend d'un des fils de la maison, Pascal Joly, qu'elle épouse en 1966 et avec qui elle aura deux enfants. D'abord secrétaire puis juriste dans un établissement psychiatrique, elle passe le concours de la magistrature à 38 ans. Commence alors une carrière qui la mènera au cœur des affaires politico-financières les plus sensibles. Elle se fera surtout connaître dans l'affaire de la compagnie pétrolière Elf, un vaste dossier de corruption, dans lequel elle poursuivra l'ancien ministre socialiste des Affaires étrangères Roland Dumas. En 2002, elle retourne sept ans en Norvège pour conseiller le gouvernement dans sa lutte contre la corruption internationale et les paradis fiscaux.


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