Le panneau publicitaire annonçant la diffusion du feuilleton sur NBN. Photo Wassim Daou
Le leader des Kataëb, le président Amine Gemayel, a ainsi stigmatisé la diffusion du feuilleton, soulignant que ce dernier comporte « des atteintes à la foi chrétienne, de même qu'il est en totale contradiction avec les textes des quatre Évangiles ». « Une telle initiative contredit l'esprit de coexistence et le principe du respect mutuel entre toutes les religions et les communautés qui constituent le tissu social libanais, a déclaré le président Gemayel (qui a reçu hier M. Ahmad el-Assaad). Il est surprenant qu'un tel feuilleton soit projeté alors qu'il comporte un grand nombre d'erreurs qui sont susceptibles de créer des dissensions dont nous pouvons nous passer. »
Et le président Gemayel d'ajouter : « Il ne fait aucun doute que de tels comportements (la diffusion du feuilleton) provoquent un clivage entre nous, ce qui ne correspond nullement à la volonté des Libanais qui se respectent mutuellement et qui évitent tout ce qui porte préjudice gratuitement à la vérité, à la dignité et aux croyances d'une grande partie d'entre eux. De tels agissements ne sont pas coutumiers. Ils portent atteinte à la coexistence entre les Libanais, et un tel feuilleton risque de provoquer des susceptibilités qui n'existaient pas au départ. »
« Les instances ecclésiastiques sont seules habilitées à juger ce qui se rapporte à la religion chrétienne et à évaluer ce qui est conforme ou non à la foi et à l'histoire chrétiennes, a ajouté le président Gemayel. Cela est plus particulièrement vrai pour les livres saints, et notamment pour les quatre Évangiles qui sont reconnus par tous les chrétiens. Hormis les autorités compétentes au sein de l'Église, nul n'a le droit d'expliquer les textes fondamentaux à sa guise et suivant ses intérêts. »
Nadim Gemayel : Nous ne sommes pas en Iran
De son côté, M. Nadim Gemayel, député de Beyrouth, a déclaré que « nous ne sommes pas en Iran pour diffuser un feuilleton sur le Christ » de production iranienne. Soulignant qu'un tel feuilleton doit obtenir l'autorisation de la Sûreté générale et de l'État libanais « et non pas de Téhéran », Nadim Gemayel a déclaré : « Le pays est bâti aujourd'hui sur l'ouverture, la culture du lien et de l'acceptation de l'autre. Si tel n'est plus le cas, il faudra alors en discuter. Cette fois-ci, le dénouement a été heureux, mais il faut s'assurer que de tels comportements ne se répéteront pas. » Notons que M. Gemayel a participé au sit-in organisé hier par des jeunes et des fidèles au siège du Centre catholique d'information en signe de protestation contre la diffusion du feuilleton.
Le ministre des Affaires sociales, Sélim Sayegh, a déploré de son côté l'attitude des responsables de certains médias, qui font fi de l'éthique professionnelle et qui ne savent pas distinguer ce qui pourrait être diffusé et ce qui ne devrait pas l'être. « Qu'en est-il de l'opinion d'autrui et quid de ce qui est sacré et qui doit être respecté ? » s'est interrogé sur ce plan le ministre Sayegh.
La Rencontre indépendante du Kesrouan
Pour sa part, la Rencontre indépendante du Kesrouan-Ftouh (qui regroupe des cadres et des personnalités de la société civile du caza) a condamné la diffusion d'un feuilleton « qui porte atteinte à la foi chrétienne ainsi qu'aux sentiments des chrétiens ». Après avoir remercié tous ceux qui sont intervenus pour arrêter la diffusion du feuilleton, la Rencontre indépendante a affirmé sa solidarité avec « les institutions ecclésiastiques dans leur opposition ferme à tout ce qui porte atteinte à la foi et aux valeurs ». « L'attitude adoptée par le président de la commission épiscopale pour les moyens d'information, issue de l'Assemblée des patriarches et des évêques catholiques, Mgr Béchara Rahi, a reflété le malaise ressenti par l'Église du fait de ce comportement irresponsable » (la diffusion du feuilleton).
La Rencontre indépendante a déploré dans ce cadre « le mutisme flagrant des cinq députés du Kesrouan-Ftouh, lesquels sont liés au Hezbollah par le document d'entente (conclu entre le CPL et le Hezbollah) et au mouvement Amal par une alliance politique, sans compter les responsables politiques qui sont fiers de leur alliance avec le Hezbollah et Amal ». « Ces députés et ces responsables en sont arrivés à assurer une couverture aux comportements qui portent atteinte aux valeurs et à la foi chrétiennes, sachant qu'au cours des cinq dernières années, il se sont employés à attaquer le patriarche Sfeir et à assurer une couverture à l'arsenal militaire du Hezbollah, à ses guerres, à ses sit-in et à ses violations de la Constitution et des lois », a souligné la Rencontre démocratique du Kesrouan-Ftouh, qui a appelé sur ce plan les habitants du caza à réclamer des comptes aux cinq députés de la circonscription en raison de leur passivité et leur mutisme dans l'affaire du feuilleton iranien.
Par ailleurs, à l'issue d'un entretien avec le patriarche maronite, le cardinal Nasrallah Sfeir, à Dimane, M. Youssef Doueihy, membre du secrétariat général du 14 Mars, a déclaré que la diffusion du feuilleton est susceptible de provoquer la discorde entre les communautés et « elle est contraire à la doctrine et la volonté de l'Église ». « Nous vivons dans le pays de la coexistence et nous nous respectons les uns les autres, et, de ce fait, nous souhaitons qu'ils s'abstiennent de soulever des questions religieuses susceptibles de provoquer des dissensions », a-t-il ajouté.
Boutros Harb dénonce et Nicolas banalise
Le ministre Boutros Harb a souligné pour sa part que « le Liban repose sur la concorde, la diversité et l'acceptation de l'autre et de ses croyances ». « Mais il est apparu que le programme diffusé par certaines chaînes de télévision au sujet de la vie du Christ et qui comprenait des séquences qui sont en contradiction avec la religion chrétienne a provoqué des réactions parmi les chrétiens du Liban, a déclaré M. Harb. Ce programme a porté atteinte aux chrétiens et a mis en doute le fait que le Christ est le fils de Dieu, de même qu'il a remis en cause les préceptes sur lesquels est fondée la religion chrétienne. »
Et M. Harb d'ajouter : « Le tollé provoqué dans les milieux chrétiens par ce feuilleton, et qui s'est exprimé par le biais du Centre catholique d'information en la personne de Mgr Béchara Rahi, a tiré la sonnette d'alarme pour attirer l'attention sur l'insulte faite aux chrétiens. Il n'était pas concevable d'occulter un tel comportement et de poursuivre la diffusion de ce feuilleton. »
Après avoir rendu hommage à la décision prise par les deux chaînes chiites de suspendre la diffusion du feuilleton, M. Harb a souligné que le maintien du programme en question aurait eu des conséquences fâcheuses sur « l'unité nationale et sur le principe du respect mutuel entre les Libanais, et donc sur la paix civile dans le pays ».
Signalons enfin que le député Nabil Nicolas, membre du bloc parlementaire aouniste, a déclaré que « le branle-bas politique suscité au cours des derniers jours par le feuilleton n'était pas nécessaire ». Banalisant ainsi cette affaire, M. Nicolas a déploré qu'elle ait pris « une tournure confessionnelle ».

