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Liban - Éclairage

Non, l’acte d’accusation n’est pas encore bouclé

« Le Hezbollah est condamné avant d'être jugé. L'acte d'accusation israélo-américain le ciblant, diligenté par le TSL, est déjà fin prêt et sa publication n'est retardée que pour des raisons de convenance. »
C'est ce qu'ont martelé à satiété les cadres du parti, pour justifier leur offensive contre le TSL. Or les faits viennent les démentir. On sait en effet que le procureur international, Daniel Bellemare, a prié les autorités libanaises, en la personne de son homologue Saïd Mirza, de lui remettre copie des indices audiovisuels exposés par Hassan Nasrallah sur la culpabilité présumée d'Israël. Bellemare s'est de plus adressé directement à Nasrallah pour le prier d'user de son influence afin de faciliter l'enquête. Enfin, malgré sa déclaration de défiance prononcée à l'encontre de l'enquête internationale et de la crédibilité du tribunal, le numéro un du Hezbollah semble sur le point de répondre favorablement aux attentes du procureur. Il a, en effet, consenti à ce que son officier de liaison, Wafic Safa, rencontre le procureur Mirza, venu demander les documents et indices, dont la séquence vidéo montrant la surveillance israélienne aérienne des déplacements de Rafic Hariri, ainsi que tout le dossier dont le Hezbollah disposerait.
Tout cela signifie que la piste israélienne signalée par Hassan Nasrallah va être explorée par la commission d'enquête. Donc que l'acte d'accusation pourrait ne pas être publié prochainement.
Mais quoi maintenant, en pratique ? Le Hezbollah va-t-il coopérer avec Daniel Bellemare ? Ou, continuant à considérer le TSL comme un instrument aux mains des Américains et des Israéliens, va-t-il au contraire tenter de mettre des bâtons dans les roues du procureur ? Réponse des cadres du Hezbollah : ce que Nasrallah a exposé existe dans les médias, et Bellemare est tenu de vérifier ces données.
Faisant écho à Nabih Berry, ces cadres affirment que les choses ont changé avec l'intervention de Hassan Nasrallah sur la culpabilité présumée d'Israël. À leur avis, le Conseil des ministres est tenu de se saisir du dossier pour en discuter à la première réunion qu'il tiendra après le retour de Saad Hariri. Ils ajoutent que le sujet est si sensible, si porteur de discorde interne destructrice qu'il faut qu'il soit également étudié par le comité de dialogue national, pour établir un plan-bouclier préservant la paix civile et la stabilité du pays, en concordance avec l'ombrelle d'apaisement syro-saoudo-qatarie déployée lors des récents sommets de Baabda. Étant entendu, à leur sens, que le Liban ne doit pas se dessaisir de ses prérogatives et de ses responsabilités face au TSL.
Pour eux, Hassan Nasrallah a renversé la table et obligé Daniel Bellemare à faire paraître un communiqué soulignant la nécessité de vérifier les données exposées par le chef du parti chiite. Texte assorti d'une requête adressée au juge Mirza pour la transmission de ces indices à son bureau. Nul donc, poursuivent-ils, ne peut ignorer les dires du patron du Hezbollah et encore moins leur portée, qui reste de souligner combien la piste israélienne est plausible.

Réplique
En face, et tout au contraire, on minimise les révélations de Nasrallah au point de s'en gausser. Les loyalistes y voient un montage de film policier, un vrai navet selon eux, avec des vues aériennes et des cartes si anciennes qu'elles montrent souvent des routes dont le tracé a été complètement modifié au fil des années. Dès lors, poursuivent les majoritaires, pourquoi Nasrallah livre-t-il aujourd'hui un matériau aussi vieux, aussi dépassé, aussi caduc ? Comme tout le monde en dispose depuis des lustres, pourquoi ne pas l'avoir exposé dès le début, quand c'était sa chère Syrie qui était pointée du doigt ? Serait-ce parce qu'il ne lui voulait pas vraiment du bien ? Et pourquoi n'avait-il pas informé la justice libanaise de ce dont il disposait, avant la création du TSL ? De même, pourquoi les éléments du Hezbollah qui ont été interrogés par la commission d'enquête internationale ne lui ont jamais parlé de piste israélienne, ce qui aurait été pourtant commode pour leur propre cas ? Enfin, pourquoi le Hezbollah n'a-t-il jamais procédé à une communication à ce sujet, ne fût-ce que par des fuites médiatiques ?
Après ces interrogations, les loyalistes répètent que ni la mise sur pied d'une commission d'investigation locale focalisée sur la piste israélienne ni, a fortiori, la libanisation de l'enquête que réclame le Hezbollah ne sont possibles. Sauf si le Liban veut être chassé de l'ONU. Ils rappellent qu'après l'assassinat de Rafic Hariri, tout le monde avait convenu que l'appareil judiciaire libanais, police, parquet et tribunaux, n'avait pas la capacité et les moyens techniques et financiers de traiter l'affaire. Le Conseil de sécurité de l'ONU avait donc créé le TSL, et la justice libanaise s'était dessaisie du dossier. Le Liban s'engageant, dans le protocole conclu avec l'ONU, à faciliter l'enquête internationale. Partant de là, le gouvernement libanais n'est plus concerné et ne peut s'occuper des indices de Nasrallah.
« Le Hezbollah est condamné avant d'être jugé. L'acte d'accusation israélo-américain le ciblant, diligenté par le TSL, est déjà fin prêt et sa publication n'est retardée que pour des raisons de convenance. »C'est ce qu'ont martelé à satiété les cadres du parti, pour justifier leur offensive contre le TSL. Or les faits viennent les démentir. On sait en effet que le procureur international, Daniel Bellemare, a prié les autorités libanaises, en la personne de son homologue Saïd Mirza, de lui remettre copie des indices audiovisuels exposés par Hassan Nasrallah sur la culpabilité présumée d'Israël. Bellemare s'est de plus adressé directement à Nasrallah...
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