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Liban - Crise

Le sommet de Baabda entre euphorie et scepticisme

De manière générale, le sommet tripartite de Beyrouth a fait souffler un vent d'optimisme dans certains milieux politiques, alors que, dans d'autres, on est resté sceptique quant à ses effets.

Plusieurs responsables politiques estiment que le sommet tripartite de Baabda, entre le président Michel Sleiman, son homologue syrien, Bachar el-Assad et le roi Abdallah d'Arabie permettra de préserver la stabilité du Liban, alors que d'autres pensent le contraire et s'interrogent sur ses effets.
S'exprimant devant une délégation de la Jamaa islamiya qu'il a reçue hier à Saïda, l'ancien Premier ministre, Fouad Siniora, a estimé que les deux dirigeants arabes étaient « porteurs d'un message fondamental, à savoir qu'il n'est pas permis d'utiliser le Liban comme un lieu de règlement de comptes locaux, régionaux ou internationaux ».
Après avoir considéré que la visite de l'émir du Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, est aussi « un indicateur de l'intérêt arabe accordé au Liban », M. Siniora a souligné que les trois dirigeants libanais, saoudien et syrien ont réaffirmé l'importance des deux accords de Taëf et de Doha « dans la mesure où les deux rejettent la violence, même verbale ».
Concernant la polémique autour du Tribunal spécial pour le Liban, M. Siniora a indiqué que nul ne doit se mêler de ce dossier et qu'il serait plus utile de laisser la justice suivre son cours, partant du principe que l'acte d'accusation « se fonde sur des données confirmées, reconnues par la loi et acceptables par la raison ». Selon lui, les Libanais doivent « pouvoir établir une distinction entre des informations véridiques et d'autres mensongères diffusées par Israël ».
Le ministre de la Justice, Ibrahim Najjar, a considéré que le communiqué publié au terme du sommet « était taillé sur mesure », en relevant que certains pôles du 8 Mars n'en étaient pas satisfaits. « Mais l'entretien entre le président de la Chambre, Nabih Berry, et le président Assad, puis la réunion que le chef de la diplomatie syrienne, Walid Moallem, a tenue en marge du sommet avec les députés du Hezbollah et du Bloc Berry ont été considérés comme une consolation », a-t-il commenté. Il a demandé aux Libanais de « comprendre que les Arabes veulent éviter une exacerbation des conflits et œuvrent à affermir la stabilité dans le pays ». Selon lui, le sommet est « une victoire pour le président Michel Sleiman et le Premier ministre, Saad Hariri ».

« Refroidir les têtes brûlées »
Pour le député Ammar Houri, le sommet a « consacré un filet de sécurité arabe autour du Liban » et « confirmé l'attachement arabe à la sécurité du pays, considérée comme étant partie intégrante de la sécurité arabe ». Lui aussi a jugé inutiles les jugements anticipés au sujet de la teneur de l'acte d'accusation dans l'affaire Hariri.
Son collègue, Okab Sakr, a insisté sur le fait que l'Arabie saoudite et la Syrie sont « à la base d'un apaisement au Liban », estimant que leur visite a permis « de refroidir les têtes brûlées et de donner aux Libanais l'espoir d'éviter un conflit grâce à un retour aux institutions ». Selon lui, c'est le sommet tripartite qui « influencera l'évolution de la situation au Liban ». Le secrétaire général du Hezbollah, « sayyed Hassan Nasrallah, comprend très bien les changements. Nous sommes aujourd'hui engagés dans un processus de compromis face au danger israélien. Tout le monde, et notamment le Hezbollah, doit faire preuve de vigilance pour éviter les écueils israéliens, en profitant du filet de sécurité établi par les Arabes face à Israël, qui essaie d'attiser la discorde au Liban », a commenté M. Sakr. Selon lui, une discorde interne « priverait le Hezbollah de son immunité libanaise, puis de son immunité arabe ».
Le député Assem Araji a fait état d'un « sentiment de soulagement général » suscité par le sommet de Baabda et mis l'accent sur le message adressé aux Libanais, à savoir que la sécurité constitue une ligne rouge à ne pas dépasser. « L'important reste la concrétisation des promesses formulées. Une nouvelle intervention de sayyed Nasrallah est prévue mardi (demain). Nous verrons ce qui se passera », a-t-il dit.
Le député Élie Skaff s'est félicité des efforts menés par le président Sleiman « pour étouffer la discorde dans l'œuf » et a constaté, lui aussi, que le sommet tripartite a « rasséréné les Libanais ».
L'ancien député Samir Frangié a, quant à lui, relevé un changement « au niveau de la forme et du symbolisme » du sommet. Il s'est arrêté dans ce cadre sur l'arrivée du roi Abdallah et du président Assad « ensemble au Liban, ce qui a confirmé l'existence d'une entente syro-saoudienne sur la stabilité du pays ». Il a démenti les informations rapportées par les médias proches du 8 Mars, selon lesquelles les discussions au sommet ont principalement porté sur l'affaire du tribunal, précisant qu'au contraire, l'objectif du sommet était de confirmer les accords de Taëf et de Doha « comme régulateurs de toute crise ».
M. Frangié a rejeté l'argumentation et les menaces du Hezbollah, avant de relever qu'un nouveau 7 Mai est « hors de question si la Syrie ne donne pas son feu vert ». Or, selon lui, c'est une nouvelle page qui s'ouvre aujourd'hui avec Damas, fondée sur un retour aux relations normales. L'ancien député a appelé le Hezbollah à faire preuve de modestie dans ses choix et à revenir à sa position de « partenaire fondamental » dans le pays.

Boutros Harb et Nadim Gemayel sceptiques
Le ministre du Travail, Boutros Harb, ainsi que le député Nadim Gemayel sont plus sceptiques. Pour M. Harb, le principal élément positif du sommet est qu'il a montré que la Syrie « a pour la première fois accepté que quelqu'un partage officiellement avec elle son rôle au Liban, alors qu'elle considérait dans le passé le Liban comme étant sa chasse gardée ». « J'espère cependant que ce changement d'attitude syrienne n'aura pas un prix qui pourrait affecter des causes fondamentales au Liban », a-t-il averti.
Selon lui, il est prématuré de dire en quoi consiste l'aide arabe apportée au Liban. « Nous souhaitons seulement que les Libanais et les Arabes aient pris conscience du fait qu'un conflit interarabe au sujet du Liban peut détruire le pays, et que s'ils s'entendent, cela ne devra pas être au détriment du pays et de la liberté de décision politique », a-t-il commenté.
De son côté, le député Nadim Gemayel s'est interrogé sur le point de savoir « s'il y a eu une discussion réelle au sommet ou si le Liban a été seulement informé des décisions prises à l'avance par le roi Abdallah et le président Assad ». « A-t-il été possible de tout discuter en 20 minutes ? » s'est-il interrogé, avant de souligner la nécessité que le Liban « soit un partenaire à part entière dans la prise de décisions engageant son sort ». « Le timing et la forme de la visite étaient excellents », a-t-il ajouté, estimant toutefois qu'elle n'est pas suffisante pour rétablir le calme dans le pays. Selon lui, la stabilité restera « provisoire » tant que l'État n'aura pas « assumé pleinement son rôle ». « Va-t-on inviter le roi Abdallah et le président Assad de nouveau si la situation se complique dans deux mois », s'est-il interrogé.

Plusieurs responsables politiques estiment que le sommet tripartite de Baabda, entre le président Michel Sleiman, son homologue syrien, Bachar el-Assad et le roi Abdallah d'Arabie permettra de préserver la stabilité du Liban, alors que d'autres pensent le contraire et s'interrogent sur ses effets.S'exprimant devant une délégation de la Jamaa islamiya qu'il a reçue hier à Saïda, l'ancien Premier ministre, Fouad Siniora, a estimé que les deux dirigeants arabes étaient « porteurs d'un message fondamental, à savoir qu'il n'est pas permis d'utiliser le Liban comme un lieu de règlement de comptes locaux, régionaux ou internationaux ».Après avoir considéré que la visite de l'émir du Qatar, cheikh Hamad ben...
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