Rechercher
Rechercher

Liban - Éclairage

Un nouveau compromis en vue, avec une bénédiction syro-saoudienne

Les drapeaux et les portraits sont prêts depuis hier le long de la route que devraient emprunter les cortèges du roi Abdallah et du président syrien, depuis l'aéroport jusqu'au palais de Baabda. Ainsi que les banderoles de bienvenue, dont certaines ne sont pas sans rappeler une période révolue, lorsque les troupes syriennes étaient déployées sur une grande partie du territoire libanais. Mais aujourd'hui, les circonstances sont différentes et la double visite, surtout le fait que le président Assad accompagne le roi d'Arabie, est accueillie avec un soulagement certain, notamment de la part des leaders du 14 Mars. C'est que les temps ont bien changé. Ceux-ci voient désormais dans l'arrivée de Bachar el-Assad à Beyrouth en compagnie du roi Abdallah d'Arabie la confirmation de l'engagement de la Syrie à garantir la paix civile interne au Liban. Autrement dit, sa détermination à empêcher le Hezbollah d'entreprendre la moindre action militaire contre ses partenaires au sein du pays, pour court-circuiter l'acte d'accusation du Tribunal spécial pour le Liban (TSL) dont la publication est annoncée pour les prochains mois.
Certes, cette double visite de deux importants dirigeants arabes qui ont une grande influence au Liban est hautement symbolique. Elle vise naturellement à faire baisser la tension devenue quasi insoutenable dans le pays et il n'échappe à personne qu'elle est liée à la publication annoncée de l'acte d'accusation et à ses conséquences sur la situation interne libanaise. Selon des sources bien informées, la visite du roi Abdallah à Beyrouth a été décidée à la suite de la visite du Premier ministre Saad Hariri à Damas et de ses entretiens avec le président Assad au sujet du TSL et de la teneur de l'acte d'accusation. Le fils du roi, l'émir Abdel Aziz ben Abdallah, qui est un ami proche du président Assad, et qui a beaucoup contribué au rapprochement entre son pays et la Syrie et entre Hariri et les dirigeants syriens, se trouvait à Damas au moment de la visite de Hariri. Il a donc pu constater la gravité de la situation, surtout à la suite de la réaction « musclée » du secrétaire général du Hezbollah à l'adresse du Premier ministre libanais. C'est ainsi qu'est venue l'idée de laisser au roi Abdallah le soin de régler le problème avec le dirigeant syrien. La grande inquiétude du roi est une réédition du 7 mai 2008 et la chute du gouvernement d'union nationale, surtout qu'il serait pratiquement impossible d'en former un autre en cas de démission de celui-ci. Le roi a donc inclus ce dossier aux autres qu'il soulève au cours de sa tournée arabe qui l'a mené à Charm el-Cheikh, à Damas et à Beyrouth et qui le mènera ce soir à Amman.
Le président syrien n'était d'abord pas sûr de vouloir se rendre à Beyrouth en compagnie du roi Abdallah pour ne pas donner l'impression d'avoir besoin de la couverture de celui-ci dans sa visite au Liban. Mais les deux dirigeants ont sans doute estimé que le message adressé aux Libanais par leur visite simultanée serait plus fort et plus efficace. Ce message est simple : il faut préserver la paix civile et maintenir les actuels équilibres politiques dans le pays, et par conséquent l'actuel gouvernement.
Si cette double visite consacre l'influence des deux pays sur le Liban, selon la fameuse équation « Saoudiens-Syriens » si chère au président de la Chambre, elle redonne aussi à la Syrie une image positive en la présentant comme ayant désormais un rôle positif dans la consolidation de la paix civile. Mais selon une source diplomatique arabe, il ne faut pas non plus trop demander à cette visite. L'heure n'est pas actuellement aux solutions dans l'ensemble de la région. Au mieux, on peut en attendre un gel de la crise, d'autant que le département d'État américain a déjà piégé le sommet syro-saoudien en présentant le roi comme un émissaire des États-Unis. La source diplomatique arabe révèle aussi que le roi Abdallah n'a pas réussi à briser la glace entre Assad et Moubarak. La Syrie et l'Égypte restent en conflit sur la plupart des dossiers, notamment au sujet de la réconciliation interpalestinienne, du dossier iranien, du Liban et de la reprise des négociations entre les Palestiniens et les Israéliens.
De même, les relations entre Damas et Washington n'ont pas connu de développements majeurs depuis la reprise de contact à la fin de l'ère Bush, les affrontements ont repris au Yémen, et les Irakiens ne parviennent toujours pas à former un gouvernement, alors que les forces américaines doivent commencer à se retirer de ce pays en septembre. Enfin, les relations entre l'Iran et la communauté internationale se compliquent... Bref, l'ensemble de la région semble évoluer sur une poudrière.
Dans ce contexte, le président syrien ne peut donner que des concessions mineures. C'est ainsi qu'il ne protestera pas - ou mollement - contre la reprise des négociations directes entre Israël et l'Autorité palestinienne, même s'il est convaincu qu'elles n'aboutiront à aucun résultat, puisque le Premier ministre israélien a déjà déclaré qu'il ne compte pas prolonger la décision de geler la construction des colonies. Au sujet du dossier libanais, le président syrien peut bien contribuer à garantir la paix civile, d'autant que le secrétaire général du Hezbollah n'a pas dit qu'il compte réaliser un second 7 mai 2008, assurant qu'il détient bien d'autres cartes pour contrecarrer les effets de l'acte d'accusation annoncé. De plus, Nasrallah a lui-même affirmé, au cours de sa conférence de presse, qu'un éventuel changement de gouvernement sera évoqué après la publication de l'acte d'accusation. Le président syrien pourrait donc intervenir auprès du Hezbollah pour qu'il cesse ses attaques contre le Premier ministre et ses proches. En contrepartie, le Premier ministre devrait aussi adopter une position tout en nuances, en restant attaché au TSL, mais en rejetant tout ce qui peut provoquer une discorde interne dans le pays. En d'autres termes, c'est un nouveau compromis à la libanaise qui se profile à l'horizon, où aucune solution décisive ne sera adoptée et grâce auquel les Libanais pourront souffler un peu. Et la visite de l'émir du Qatar oblige, ce sera aussi l'occasion de confirmer l'accord de Doha conclu en 2008, à la suite des incidents des 5 et 7 mai. De son côté, le Hezbollah se déclare favorable à la double visite, rappelant à ceux qui veulent l'entendre que pour le président syrien, la Résistance est une ligne rouge. Ses sources ajoutent : « C'est à ceux qui ont placé le Liban dans cette situation difficile de l'en sortir. Nous autres, nous ne faisons que nous défendre et protéger le pays »...
Les drapeaux et les portraits sont prêts depuis hier le long de la route que devraient emprunter les cortèges du roi Abdallah et du président syrien, depuis l'aéroport jusqu'au palais de Baabda. Ainsi que les banderoles de bienvenue, dont certaines ne sont pas sans rappeler une période révolue, lorsque les troupes syriennes étaient déployées sur une grande partie du territoire libanais. Mais aujourd'hui, les circonstances sont différentes et la double visite, surtout le fait que le président Assad accompagne le roi d'Arabie, est accueillie avec un soulagement certain, notamment de la part des leaders du 14 Mars. C'est que les temps ont bien changé. Ceux-ci voient désormais dans l'arrivée de Bachar el-Assad à Beyrouth en compagnie du...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut