L'annonce d'une grossesse devrait, dans l'idéal, être accueillie avec joie, mais trop souvent, elle suscite une crainte justifiée. Le sommet de l'Union africaine, qui se déroule actuellement en Ouganda et sera clôturé aujourd'hui, est consacré à la santé des mères et des enfants, et offre la possibilité de transformer cette crainte en espoir.
Dix ans après le lancement des objectifs du millénaire pour le développement, nous savons ce que les dirigeants africains ont toujours apprécié : lorsque vous investissez dans les mères, c'est l'ensemble de la société qui en recueille les fruits, et lorsque vous vous occupez des enfants, c'est une nouvelle génération de dirigeants que vous élevez.
Il ne s'agit pas là d'une théorie. À l'ONU, nous constatons que cela arrive en réalité.
Au Soudan, Awatif Altayib, âgée de 16 ans, a perdu son bébé après deux jours de travail pénible. Elle est sortie de cette épreuve elle-même atteinte d'une fistule obstétrique. Son avenir, du fait de cette maladie grave, paraissait bien sombre, jusqu'à ce qu'elle guérisse grâce à l'aide apportée par le Fonds des Nations unies pour la population (Fnuap) et ses organismes partenaires. À présent, Awatif est sage-femme et aide d'autres femmes à survivre.
Dans le sud de la Sierra Leone, un seul gynécologiste exerce dans une région peuplée de deux millions et demi d'habitants. C'est pourquoi lorsque Hawa Barrie a récemment souffert de complications liées à sa grossesse, elle et sa famille ont craint le pire.
Mais le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) collabore actuellement avec le gouvernement et d'autres partenaires pour améliorer les services de santé dans le pays. Grâce à ces efforts, Hawa a survécu, son fils qui vient de naître a reçu ses vaccins et ils sont tous deux bien partis pour vivre en bonne santé.
Au Nigeria, Abiodun Titi est une autre mère africaine épanouie. Bien qu'elle soit séropositive, elle a pu concevoir sans risque avec son mari séronégatif, en ayant recours à une méthode utilisant un préservatif féminin. Avec l'aide de l'ONU et de ses partenaires, elle enseigne à présent à d'autres cette technique qui peut sauver des vies.
Malheureusement, des millions de femmes africaines n'ont pas les mêmes chances. Le taux de mortalité maternelle sur le continent est parmi les plus élevés du monde. Et les progrès accomplis vers l'objectif du millénaire pour le développement, qui consiste à réduire considérablement le nombre de ces décès, sont extrêmement lents.
Heureusement, les dirigeants africains s'attaquent énergiquement à ce problème. Son ampleur et sa gravité l'exigent. Et il est particulièrement approprié que le sommet de l'Union africaine soit consacré à la santé maternelle et infantile. Les Africains accordent une grande valeur culturelle à la mère, non seulement aux femmes qui enfantent, mais également aux autres car elles sont douées d'un sens aigu de la communauté et aident toutes à élever les enfants.
L'Organisation des Nations unies est prête à œuvrer de concert avec l'Afrique pour l'aider à préserver ses nobles traditions. Le secrétaire général Ban Ki-moon a récemment lancé un plan d'action commun en vue d'accélérer les progrès vers une maternité sans risque. Il a aussi appelé à faire de 2010 un tournant décisif pour la santé des femmes.
Les dirigeants africains doivent aussi jouer leur rôle en mobilisant les ressources nécessaires pour honorer les promesses passées et ouvrir la voie à un meilleur avenir. Nous disposons d'un modèle avec le plan d'action de Maputo pour la promotion des droits et de la santé en matière de sexualité et de reproduction. Ce plan est assorti d'objectifs précis et contient des estimations de coût détaillées quant à la manière de les atteindre.
Les participants au sommet de l'Union africaine devraient joindre leurs voix à celles des partenaires qui soutiennent le plan d'action commun. Cela signifie qu'il faut étendre les plans de santé nationaux qui privilégient la santé maternelle et infantile, et augmenter la part des ressources budgétaires allouées à cette fin. Les pays doivent s'engager à dispenser tout l'éventail de soins afin que les femmes ne soient pas uniquement traitées en cas d'urgence, et que les dispensaires et les prestataires de soins répondent à tous leurs besoins en matière de santé procréative, qu'ils soient liés ou non à une grossesse. Et nous devons atteindre les endroits les plus reculés et les plus pauvres.
Une position ferme, étayée par des promesses concrètes de financement, ayant été adoptée, le sommet peut entraîner toute une série de progrès dans les pays, dans toute la région et dans le monde entier.
Je connais la valeur que revêt une déclaration des dirigeants du continent. Durant les années où j'étais ministre du Développement communautaire, de la Parité et des Enfants en Tanzanie, j'ai pu observer comment un message prononcé au sommet de l'Union africaine pouvait servir de point de ralliement pour notre travail dans le pays, susciter le lancement d'initiatives dans l'ensemble de la région et profiter au continent tout entier. Et, de la perspective que j'ai à l'ONU, je vois comment les mesures courageuses prises en Afrique peuvent inspirer d'autres continents et les encourager à progresser.
Il va de soi que bien d'autres sujets appelleront l'attention des participants au sommet, qu'il s'agisse des conflits, de la pauvreté ou d'autres fléaux qui font souffrir tant de jeunes filles et de femmes. Mais en plaçant leur santé au premier plan des priorités, le sommet ne se limitera pas aux femmes, il prépare le terrain pour que des solutions soient trouvées à ces problèmes de plus large portée et pour créer un monde meilleur pour tous.
Asha-Rose Migiro est secrétaire générale adjointe des Nations unies.

