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Moyen Orient et Monde - Reportage

Le Kurdistan envahi par des touristes irakiens en mal de fraîcheur

Durant les années de guerre confessionnelle (2005-2008), un Irakien arabe devait être parrainé par un Kurde pour pénétrer dans la région autonome.

Des touristes, venus de tout l’Irak, prennent d’assaut un vendeur de glaces à Erbil, au Kurdistan. Photo Safin Hamed/AFP

Infernale pour ses habitants, la canicule qui sévit dans le centre et le sud de l'Irak fait au moins le bonheur des restaurants et hôtels du Kurdistan, pris d'assaut par des touristes irakiens en mal de fraîcheur.
À Chaqlawa, une petite ville à 370 kilomètres au nord de Bagdad située dans la province d'Erbil, dénicher une chambre est une gageure. « Il nous a fallu plusieurs heures pour trouver un hôtel », explique Ali Hussein, 24 ans, venu de Bagdad avec des amis pour visiter la région autonome qui, en plus d'un climat clément, jouit de conditions de sécurité nettement meilleures que le reste de l'Irak. « Il y a beaucoup plus de touristes cette année », confirme Saroud Qader, 64 ans, propriétaire de l'hôtel Qasr Dhia. « Nous affichons complet jusqu'au ramadan », explique-t-il, en référence au mois de jeûne musulman, qui débutera cette année à la mi-août.
Depuis la mi-juin, le mercure dépasse régulièrement les 50°C dans le centre et le sud de l'Irak. Une vague de chaleur insupportable du fait de la pénurie d'électricité. La majorité des Irakiens reçoit entre deux et quatre heures de courant par jour, ce qui empêche l'utilisation des climatiseurs et des réfrigérateurs. Confronté à des manifestations qui ont parfois dégénéré en juin, le gouvernement a affirmé qu'aucune solution miracle n'était à espérer avant l'entrée en service de nouvelles centrales dans deux ans. Pour ceux qui en ont les moyens, le salut est désormais au Kurdistan. Durant les années de guerre confessionnelle (2005-2008), un Irakien arabe devait être parrainé par un Kurde pour pénétrer dans la région. Aujourd'hui, cette procédure est finie, mais aux « postes-frontières » de la zone autonome, il doit remplir un questionnaire et se faire prendre en photo.
Maoulawi Jabbar, responsable de l'Office de tourisme du Kurdistan, table sur une nette hausse de la fréquentation touristique cette année. « Il y a eu en 2009 quelque 191 000 visiteurs, et selon nos premières estimations, il y a 20 % de touristes en plus par rapport à l'an dernier », dit-il.
Depuis plusieurs semaines, Chaqlawa a plongé dans une forme d'insouciance estivale qui tranche avec le reste du pays. Les terrasses des cafés sont bondées, les parcs sont envahis par les touristes, ça et là résonne l'air entraînant de musique arabe ou kurde. La famille d'Ibtihaj Abdel Khoder, qui vit à Bassora, la grande ville du Sud, n'a pas hésité à faire plus de 800 kilomètres pour se réfugier dans le paysage grandiose de cette ville coincée entre les montagnes Sorouk et Safine, laquelle culmine à 2 000 mètres. « Au début, nous pensions venir pour quelques jours seulement, mais nous resterons autant de temps que nous le pourrons », explique-t-elle. « La température à Bassora et au Kurdistan est incomparable, et ici, en plus du climat agréable, il y a la verdure et les chutes d'eau », poursuit-elle. Chaqlawa est une des meilleures bases pour des excursions à la journée vers les chutes de Gali Ali Beg (à 70 km de distance), celles de Bekhal (80 km), ou vers les sources de Jundyan (90 km), près desquelles de nombreuses familles aiment venir pique-niquer.
Avec leurs lacs, montagnes et innombrables sites archéologiques, les trois provinces du Kurdistan (Erbil, Souleimaniyeh et Dohouk) constituent de longue date une destination privilégiée pour les Irakiens. C'est également dans la région autonome que les Occidentaux ont recommencé ces dernières années à visiter l'Irak, la sécurité demeurant encore précaire autour des sites antiques majeurs d'Ur ou de Babylone, au sud de Bagdad.
À l'heure actuelle, « le Kurdistan est la seule destination irakienne pour les touristes », estime Eyas Ahmad, 27 ans, qui vit à Bagdad. « Mais j'espère que d'autres hôtels et complexes touristiques ouvriront pour permettre à davantage d'Irakiens de venir », ajoute-t-il.

Abdel Hamid ZEBARI (AFP)
Infernale pour ses habitants, la canicule qui sévit dans le centre et le sud de l'Irak fait au moins le bonheur des restaurants et hôtels du Kurdistan, pris d'assaut par des touristes irakiens en mal de fraîcheur.À Chaqlawa, une petite ville à 370 kilomètres au nord de Bagdad située dans la province d'Erbil, dénicher une chambre est une gageure. « Il nous a fallu plusieurs heures pour trouver un hôtel », explique Ali Hussein, 24 ans, venu de Bagdad avec des amis pour visiter la région autonome qui, en plus d'un climat clément, jouit de conditions de sécurité nettement meilleures que le reste de l'Irak. « Il y a beaucoup plus de touristes cette année », confirme Saroud Qader, 64 ans,...
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