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Moyen Orient et Monde - Le Billet

Bettencourt, c’est dans la boîte

« Où est-ce que t'as appris que l'argent faisait le bonheur ? T'as été élevée chez les laïcs, toi ? »
Jean-Paul Belmondo, 100 000 dollars au soleil, film d'Henri Verneuil, dialogues de Michel Audiard.
Il y a quelques jours, la presse révélait que l'affaire Bettencourt, du nom de l'héritière L'Oréal, allait devenir un long métrage fort à propos titré Parce que je le vaux bien. De fait, la saga, à l'image des cosmétiques qui la sous-tendent, tient certainement de l'affaire juteuse pour un producteur et du rêve pour un scénariste tant l'affaire est déjà pliée. Tout est là, il n'y qu'à se pencher et ramasser.
Les protagonistes d'abord, personnages multicouches, entre vaudeville et tragédie grecque.
Liliane Bettencourt, femme aux appellations plus ou moins contrôlées : Mme L'Oréal, « L'héritière », « La-première-fortune-de-France ». Lady aussi sourde que vieille France, qui peut être dans la mouise mais certainement pas dans la merde, qui ne s'estime pas riche mais « fortunée ». Femme de mise en plis impeccable sous un voile de laque. Figure au souvenir longiligne qui, désormais - le poids des années, le choc de la gravité - s'affaisse un peu dans un fauteuil d'où filtre, parfois, un léger ronflement. Veuve tombée sous le charme d'un certain François-Marie Banier.
Banier est un artiste, écrivain, photographe mondain et « mondial » comme il aime à le dire. Dandy excentrique soupçonné d'avoir un sérieux penchant pour le détroussage de vieilles dames. Avant de s'attirer les faveurs de Mme Bettencourt - une opération qui sent le jackpot puisque le photographe aurait décroché une timbale de près d'un milliard d'euros - FMB se serait notamment fait la main sur Marie-Laure de Noailles, mécène à grande échelle des artistes, et la décoratrice Madeleine Castaing. De cette dernière, l'homme qui passe sa vie à pourrir celle des héritiers dira, avec l'élégance des grands rapaces, qu'il lui vendait ses photos et qu'« à chaque photo, j'augmentais le prix. Au total, elle a dépensé 40 000 dollars ! ».
Entre Banier et Liliane se dresse la fille de cette dernière, Françoise, passablement irritée par l'ampleur des cadeaux accordés par sa richissime maman à Banier. Entre deux fugues de Bach, cette pianiste accomplie engage des poursuites contre Banier qu'elle accuse d'abus de faiblesse contre sa mère. Une fille qui voudrait que sa mère « sache qu'elle ne cesse de l'aimer », quand sa mère déclare : « Je voudrais tout de même que ma fille se rende compte que je suis une femme libre. »
Dans les seconds rôles, l'on trouve Patrice de Maistre, gestionnaire de la fortune de Liliane. L'homme, produit de la rencontre de l'aristocratie - il descend, côté paternel, du comte Joseph de Maistre (1753-1821), politicien, philosophe, apôtre de la tradition, opposant à la Révolution française et grand croyant en la Providence et l'industrie, la dynastie Japy du côté de sa mère - est soupçonné d'être le Papillon de l'évasion fiscale. Un homme qui, en sus, a de la distinction dans la requête : « Je vais être simple et c'est un peu délicat. Vous m'avez dit il y a deux, trois jours, que vous... Est-ce que vous avez toujours envie de me faire un cadeau ? Si voulez faire quelque chose, il faudrait que ça soit en Suisse, pas ici. Et ça me permettrait d'acheter le bateau de mes rêves, voilà. » (De Maistre s'adressant à Liliane Bettencourt, selon un enregistrement secret effectué par un maître d'hôtel de la résidence Bettencourt.)
Important second rôle cette domesticité dont on pensait, à tort, qu'elle n'était plus qu'un phénomène de planches de théâtre. Un majordome qui donne du « Monsieur et Madame étaient très courtisés » à la police. Un maître d'hôtel espion, « ulcéré de voir Madame se faire abuser par des gens sans scrupules », qui enregistre sa maîtresse à son insu et affirme avoir fait « son devoir envers la famille ».
Autre second rôle-clé, Éric Woerth, ministre du Travail, soupçonné, en vrac, de conflit d'intérêts et d'avoir fermé les yeux sur une éventuelle évasion fiscale côté Bettencourt. Woerth, conjonction du « Monsieur-tout-le-monde » et du technocrate à la française, politicien aussi étranger à la notion de charisme que les Bretons à l'huile d'olive.
Au niveau des décors, rien à redire, rien à refaire. Entre l'hôtel particulier à Neuilly et l'île privée dans les Seychelles de Liliane Bettencourt, les palais de la république et la résidence équipée d'une piscine et d'un ascenseur intérieurs de Banier, on est paré.
Last but not least, les dialogues. Et là, vraiment, c'est du tout cuit. Opération copié-collé à partir des enregistrements pirates du maître d'hôtel. De quoi titiller Audiard. Qu'on en juge.
Liliane Bettencourt : Vous avez le testament ?
Le notaire : Oui. Je ne l'ai pas là, mais je...
- J'avais laissé à François-Marie combien ? Quelle proportion ?
- Légataire universel.
- C'est-à-dire ?
- (Il baisse la voix) Tout.
- Ah, non...
- Eh, si... (Il sourit) C'est vous qui me l'avez dit.
- C'est qui, c'est moi ?
- C'est vous qui me l'avez dit.
- Non, allons, il ne faut pas... Il faut régler ça tout de suite. Vous disiez ça... qu'il sorte...

« Où est-ce que t'as appris que l'argent faisait le bonheur ? T'as été élevée chez les laïcs, toi ? »Jean-Paul Belmondo, 100 000 dollars au soleil, film d'Henri Verneuil, dialogues de Michel Audiard.Il y a quelques jours, la presse révélait que l'affaire Bettencourt, du nom de l'héritière L'Oréal, allait devenir un long métrage fort à propos titré Parce que je le vaux bien. De fait, la saga, à l'image des cosmétiques qui la sous-tendent, tient certainement de l'affaire juteuse pour un producteur et du rêve pour un scénariste tant l'affaire est déjà pliée. Tout est là, il n'y qu'à se pencher et ramasser.Les protagonistes d'abord, personnages multicouches,...
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