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Moyen Orient et Monde - Reportage

En Irak, les sabéens célèbrent leur nouvel an dans la tristesse

Victimes de persécution, les membres de la communauté religieuse émigrent de plus en plus nombreux.

À l’occasion de leur nouvel an, les sabéens s’immergent trois fois dans l’eau du Tigre pour se purifier. Ahmad al-Rubaye/AFP

Cheikh Alaa Aziz est triste en voyant qu'une poignée seulement de ses coreligionnaires, vêtus d'un linge blanc, sont venus s'immerger trois fois dans l'eau du Tigre, à Bagdad, pour se purifier à l'occasion du nouvel an sabéen. « C'est une réelle tragédie de voir notre communauté se réduire comme peau de chagrin », se lamente cheikh Alaa Aziz, 40 ans, chef adjoint de cette communauté qui, en tant que minorité, a d'office un député au Parlement irakien. « Avant, pour cette fête, une foule se pressait ici de l'aube au crépuscule, mais aujourd'hui, nous sommes en début d'après-midi et il n'y a déjà plus personne. C'est vraiment triste, tout le monde émigre », ajoute-t-il, dans le quartier de Jadriya (centre).
Connus aussi sous le nom de mandéens, les sabéens parlent traditionnellement une forme d'araméen, la langue du Christ, considèrent Adam comme leur prophète et vénèrent saint Jean-Baptiste. Leurs racines remontent aux temps préchrétiens, et certains chercheurs pensent qu'ils constituent une branche hérétique du judaïsme qui a gagné la Mésopotamie au IIe siècle avant Jésus-Christ. Au début des années 1980, ils étaient plus de 100 000 en Irak, mais avec les guerres menées par Saddam Hussein contre l'Iran et le Koweït, leur importance a diminué. Il n'en restait plus que 35 000 avant le renversement du dictateur en 2003, répartis dans six grandes villes : Bagdad, Erbil (Nord), Diwaniya et Kout (centre), Amara et Bassora (Sud).
Même leur chef, cheikh Sattar Jabbar al-Hélou, n'est pas à Bagdad pour ce nouvel an, qui, pendant trois jours, marque la création du monde. Il est en Australie où vit sa famille et où se trouve la plus grande communauté sabéenne au monde. « Beaucoup de membres de notre communauté ont été tués, volés ou menacés. Nous avons peur et notre nombre diminue. Ce sont surtout les jeunes qui partent », assure Ouday Salam, 28 ans, officier de l'armée irakienne qui vient de s'immerger à trois reprises dans le fleuve « pour purifier la chair, l'âme et l'esprit ».
Dans le quartier huppé de Jadriya, où habitaient auparavant les ministres de Saddam, se trouve leur temple avec sur le toit une croix recouverte d'un tissu blanc, symbole de la pureté.
« Depuis 2003, 800 de nos coreligionnaires sont morts car nous n'avons personne pour nous protéger. Ils ont été tués par el-Qaëda, par d'autres milices ou des gangsters », assure le porte-parole de la communauté, Seif Rifaat, 20 ans. Beaucoup de sabéens sont bijoutiers et ont été la cible d'attaques. En avril 2009, le braquage de deux bijouteries de la capitale tenues par des sabéens avait fait sept morts, dont trois membres de cette très ancienne minorité aujourd'hui menacée. « Nous sommes une partie de l'Irak, et l'Irak est une partie de nous-mêmes. Nous avons la même histoire, le même passé et le même avenir, et nous voulons que ce pays retrouve la sécurité et la stabilité pour que tous les membres de notre communauté se réunissent à nouveau ici comme une grande famille », assure cheikh Aziz, vêtu d'une tunique blanche et tenant en main un long bâton.
L'origine de cette religion reste mystérieuse. Les mandéens vénèrent un livre intitulé al-Gensa rabbah qui signifie « le grand trésor ». Selon leurs dignitaires, la religion a pris naissance en Mésopotamie, mais la communauté s'est ensuite déplacée à Jérusalem avant de revenir dans son pays d'origine. Elle ne pratique aucun prosélytisme. Outre l'Irak et l'Australie, les sabéens sont aussi présents en Iran, en Suède, aux Pays-Bas et en Allemagne.

Sammy KETZ (AFP)
Cheikh Alaa Aziz est triste en voyant qu'une poignée seulement de ses coreligionnaires, vêtus d'un linge blanc, sont venus s'immerger trois fois dans l'eau du Tigre, à Bagdad, pour se purifier à l'occasion du nouvel an sabéen. « C'est une réelle tragédie de voir notre communauté se réduire comme peau de chagrin », se lamente cheikh Alaa Aziz, 40 ans, chef adjoint de cette communauté qui, en tant que minorité, a d'office un député au Parlement irakien. « Avant, pour cette fête, une foule se pressait ici de l'aube au crépuscule, mais aujourd'hui, nous sommes en début d'après-midi et il n'y a déjà plus personne. C'est vraiment triste, tout le monde émigre »,...
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