Le père Federico Lombardi présentant le document baptisé « normes sur les délits les plus graves », lors d’un point de presse hier. Filippo Monteforte/AFP
La procédure accélérée remplace la procédure judiciaire normale par un « décret extrajudiciaire » ou permet de présenter au pape les cas les plus graves en vue de la réduction du prêtre à l'état laïc, a-t-il précisé.
Dans un souci d'efficacité, le texte prévoit aussi la possibilité de faire appel à des laïcs comme membres des tribunaux ecclésiastiques. En revanche, les nouvelles procédures ne comprennent pas d'« ordre explicite » aux églises locales concernées de s'adresser à la justice civile. Mais le père Lombardi a rappelé que « toujours suivre les dispositions de la loi civile » était déjà inscrit dans les procédures publiées en avril sur le site du Vatican, dans un souci de transparence face à la multiplication des révélations et aux accusations d'« omerta ».
Les règles établies dans ce document baptisé « normes sur les délits les plus graves » portent par ailleurs la prescription des faits de dix à vingt ans après les 18 ans de la victime. La décision d'une levée complète de la prescription reste donc prise au cas par cas, alors que les scandales révélés ces derniers mois remontent souvent à plusieurs décennies. Elles « assimilent l'abus sexuel sur des handicapés mentaux à celui sur des mineurs » et « introduisent le délit de pédopornographie », pour possession de matériel concernant des jeunes jusqu'à 14 ans.
Des mesures « insuffisantes »
Ces normes actualisent un motu proprio (décret) de Jean-Paul II publié en avril 2001 et alors complété par un texte de Joseph Ratzinger, qui a dirigé la Congrégation pour la doctrine de la foi pendant près d'un quart de siècle avant son élection à la tête de l'Église catholique. Le texte de Jean-Paul II traitait des délits les plus graves contre la foi et concernait la pédophilie, mais aussi les atteintes contre les sacrements de l'eucharistie et de la pénitence.
Selon le président de la conférence épiscopale allemande, Mgr Robert Zollitsch, le Vatican a envoyé, avec son nouveau document, « un signal clair en faveur d'une reconnaissance et d'une punition sans faille de tels crimes ». Le SNAP, association américaine de victimes de pédophilie, a toutefois jugé ces mesures insuffisantes, les résumant en quelques mots : « À côté de la plaque. » La plateforme « Wir sind Kirche » (« Nous sommes l'Église »), courant progressiste de l'Église autrichienne, a également jugé « insuffisantes » les mesures prises par le Vatican. « Ces mesures ne s'attaquent pas à la structure de l'Église. Ces abus ont des causes structurelles. Ce sont aussi des abus de pouvoir déclinés sur un mode sexuel. Il faut que le pouvoir de tous au sein de l'Église, celui des évêques et du pape aussi, soit limité et contrôlé », a déclaré un porte-parole de cette plateforme, Peter Hurka.
L'Église catholique est secouée depuis plusieurs mois par une série de scandales pédophiles commis en son sein, tant en Amérique du Nord et du Sud qu'en Europe. Benoît XVI, lui-même accusé d'avoir couvert des prêtres coupables lorsqu'il était évêque de Munich puis responsable de la CDF, a mis en œuvre une opération propreté. Il a accepté la démission de plusieurs évêques, dont quatre Irlandais. Il a également demandé « pardon » aux victimes et en a rencontré quelques-unes lors d'un voyage à Malte.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine