Dès le début du débat, Hassan Nasrallah a violemment menacé de couper le bras de quiconque tenterait de faire désarmer son parti. Dont le directoire précisait alors qu'il s'opposerait à l'élection de tout président de la République qui ne s'engagerait pas à protéger la Résistance, même condition posée pour la formation de tout gouvernement. D'entrée de jeu, le Hezbollah rejetait toute concession. En soutenant que l'on voulait l'amener à se dessaisir de son armement, en lui proposant de le marier au potentiel de l'armée. Il ajoutait que ces tentatives de le persuader étaient une pure perte de temps, car ce que les moyens militaires israéliens déployés durant la guerre de juillet n'avaient pu réaliser, les petites ruses politiciennes n'y parviendraient pas.
Partant de là, le Hezbollah a abordé la reprise du dialogue national sous cette devise : il faut débattre de la protection du Liban face au péril israélien, ainsi que de l'édification d'un État qui soit pour tous les Libanais. Donc, la question de la stratégie de défense ne doit pas se limiter aux considérations militaires techniques, mais découler d'une vision nationale globale fondée sur l'impératif vital de la Résistance face à l'agression et à l'oppression. Un choix unique, qui a permis d'empêcher Israël de se servir du Liban comme atout dans sa manche, en le délogeant du Sud. Et qui a, en même temps, contré le projet d'implantation des réfugiés palestiniens. La Résistance refuse de s'intégrer à des unités de l'armée, car elle est la seule solution du Liban face à Israël.
Cette sorte d'argumentation a alimenté la déclaration ministérielle elle-même. Ce qui a porté les pôles du 14 Mars, notamment le député Kataëb Samy Gemayel à estimer, en substance, que « les cadres du pouvoir se retrouvent otages du Hezbollah, le document ayant été établi sous la contrainte. Ce qui en rend la teneur nulle et non avenue, comme pour tout contrat. C'est pourquoi nous en avons saisi le Conseil constitutionnel, aux fins d'invalidation. »
Il faudra voir comment, lors de la prochaine réunion du comité de dialogue, le Hezbollah va répondre à la demande du Dr Samir Geagea, leader des FL, de placer son armement sous l'autorité de l'État, tout en continuant à le détenir lui-même. Selon des sources fiables, le Hezb compte consentir à une quelconque formule de coordination avec l'armée, mais sans plus. Il n'entend pas qu'on lui dise quand ou comment utiliser son armement. Car le modus operandi d'une guérilla ne peut en aucune manière être conditionné par une armature régulière classique.
Il est donc probable que l'on s'achemine, en comité de dialogue, vers un dialogue de sourds. Chacun entend à sa manière la stratégie de défense et, les avis se neutralisant, elle ne semble avoir aucune chance de voir le jour. Dès lors, il est à craindre de voir se produire une nouvelle confrontation avec Israël, alors que les Libanais resteraient toujours divisés sur cette question capitale. Et, par conséquent, sur le point de savoir qui a le droit de disposer de la décision de guerre et de paix.
Mais même sans un tel affrontement avec Israël, on peut redouter que, faute d'un arrangement clair, l'armement du Hezbollah ne continue à peser lourdement, à l'intérieur, sur la vie politique du pays. Par la menace persistante d'un nouveau 7 mai sanglant, ou pire. Ainsi que par le maintien du chantage constant exercé pour modifier les règles du jeu démocratique parlementaire, grâce à cette épée de Damoclès. Comme la formule dite de Doha en témoigne.

