Le gardien allemand Manuel Neuer regarde le ballon tiré par l’Anglais Frank Lampard franchir la ligne lors du quart de finale Allemagne-Angleterre. Le refus de ce but par l’arbitre a relancé la polémique sur la nécessité ou non d’instaurer l’arbitrage vidéo dans les compétitions de football.Eddie Keogh/Reuters
La FIFA, qui régit les lois du sport le plus populaire au monde, est très réticente au recours à la technologie mais la pression de l'opinion publique, de plus en plus de joueurs, d'entraîneurs et même d'arbitres, rend la position de l'instance dirigeante du football mondial de moins en moins tenable.
Paradoxalement, les arbitres du Mondial sud-africain ont peut-être été plus performants que jamais - les chiffres fournis par la FIFA avant la finale montraient que 96 % de leurs décisions étaient correctes -, mais deux énormes erreurs en un jour ont suffi à relancer le débat.
Le but injustement refusé à l'Anglais Frank Lampard contre l'Allemagne alors qu'il avait largement franchi la ligne et celui accordé à l'Argentin Carlos Tevez en nette position de hors-jeu contre le Mexique ont relancé l'éternel serpent de mer de la vidéo.
De manière significative, la FIFA a réagi à l'erreur dont a été victime l'Angleterre mais pas à celle dont a bénéficié l'Argentine : elle s'est dit prête à reconsidérer la mise en place d'une caméra sur la ligne de but, mais elle a rejeté l'hypothèse d'un arbitrage vidéo plus étendu.
Cela revient à mettre un cautère sur une jambe de bois, car le genre de mauvaises appréciations qui a conduit l'arbitre à ne pas valider le but de Lampard est plutôt rare, a fortiori dans une compétition comme la Coupe du monde.
À l'inverse, des incidents liés à la règle du hors-jeu et à son interprétation, qu'il s'agisse de buts accordés ou refusés à tort, se produisent chaque semaine mais la FIFA est étrangement réticente à se saisir de ce dossier autrement plus urgent.
Le cas du but accordé à Tevez est d'autant plus exemplaire que le ralenti diffusé sur l'écran géant du stade de Johannesburg a permis à tous les spectateurs, joueurs et même à l'arbitre et à son juge de touche de réaliser qu'une erreur avait été commise.
Situation absurde
Mais compte tenu des règles actuelles, qui interdisent le recours à la vidéo, les hommes en noir n'ont pas pu se déjuger, validant donc en toute connaissance de cause un but qui ne l'était pas, à la grande fureur des joueurs et de l'encadrement mexicains. Mais au lieu de tirer les conséquences de cette situation absurde qui semblaient s'imposer, la FIFA a promis qu'elle serait à l'avenir plus vigilante pour éviter que les ralentis des actions litigieuses ne soient diffusés dans les stades.
En d'autres termes, seuls les millions de téléspectateurs pourront constater en temps réel une telle erreur, sur laquelle il ne sera pas davantage question de revenir.
D'autres sports, et non des moindres, n'ont pourtant pas attendu pour tirer profit des avancées technologiques, pour prendre des décisions en toute connaissance de cause, comme au rugby, ou corriger des décisions erronées, comme au tennis.
Les arguments avancés notamment par le président de la FIFA Sepp Blatter pour refuser la technologie paraissent pourtant de plus en plus datés.
La vidéo ralentirait le rythme du jeu ? C'est supposer que le visionnage d'un ralenti prendrait plus de temps que les contestations qui accompagnent inévitablement ce genre de situations controversées.
La technologie réduirait l'autorité de l'arbitre ? Le laisser dans le noir alors que des millions de téléspectateurs peuvent juger de son erreur ne contribuerait-il pas plutôt à le décrédibiliser?
Les joueurs ont droit à l'erreur, donc les arbitres aussi ? Dans ce cas, pourquoi ne pas autoriser les juges à envoyer des innocents en prison ?
La vidéo ne permettrait pas à coup sûr de lever tous les doutes ? Cela peut arriver mais l'arbitre serait toujours là pour trancher.
Si le vieil adage selon lequel un but change la physionomie d'un match est vrai, cela vaut aussi pour les buts accordés ou refusés à tort, alors qu'on pourrait très bien en faire l'économie aujourd'hui.
La vidéo n'aurait sans doute rien changé aux errements de l'arbitre anglais Howard Webb pendant la finale entre l'Espagne et les Pays-Bas, mais des solutions existent pour corriger bien des erreurs frustrantes pour les acteurs comme pour les spectateurs. La FIFA finira par s'en rendre compte. Reste à savoir quand.

