Les États-Unis ont remis vendredi à la Russie ses 10 agents contre quatre Russes, condamnés pour espionnage au profit des Occidentaux. /
D'autant que le locataire du Kremlin et son homologue Barack Obama venaient de mettre en scène la relance de leurs relations depuis un an et demi en mangeant ensemble, entourés de caméras, des hamburgers au restaurant.
Mais finalement Moscou ne s'est pas emballé après l'annonce de ces arrestations, ou a du moins dissimulé son humiliation, tandis que Washington ne semble pas avoir retiré la confiance placée dans le président russe.
"La décision empressée et inattendue d'organiser l'échange d'agents témoigne avant tout du fait que les deux camps ne veulent pas gâcher leurs relations à cause du scandale d'espionnage", relève ainsi Viatcheslav Nikonov, président du centre d'analyse Politika, cité par l'agence de presse Interfax.
Il souligne aussi que Washington a libéré les agents car ils "n'avaient pas porté un grand dommage aux intérêts nationaux" américains, et a en plus obtenu "de sortir des prisons russes des personnes leur ayant rendu service".
Heather Conley, du Centre d'études stratégiques et internationales de Washington, lui fait écho, jugeant que les deux pays voulaient "une fin rapide d'un moment embarrassant" D'autant que côté renseignement, "ce n'était pas très sérieux et pouvait être résolu d'une façon gagnant-gagnant", poursuit la chercheuse.
Signe que les temps changent, l'échange d'espions, symbole des tensions de la guerre froide, serait donc devenu l'exemple des bons rapports russo-américains actuels.
Sergueï Markov, analyste politique et député du parti du pouvoir Russie Unie, a lui aussi bon espoir de voir la relance se poursuivre.
Selon lui, en évitant l'escalade diplomatique, "Obama a montré sa volonté" de rapprochement avec la Russie, alors que nombre d'analystes russes estiment que le scandale avait été révélé par les adversaires du président américain pour miner sa politique vis-à-vis de Moscou.
M. Markov croit donc en une amitié russo-américaine, même si les deux pays vont continuer à se surveiller de près. "Nous sommes liés d'amitié mais nous nous espionnons", la Russie "est comme l'épouse qui va vérifier les SMS reçus par son mari", s'amuse-t-il.
La diplomatie russe a aussi insisté sur le bon déroulement de l'échange, ce qui a été rendu possible par la bonne entente actuelle entre Moscou et Washington.
"Cet accord donne toutes les raisons de croire que la politique de relance des dirigeants de la Russie et des États-Unis va se poursuivre et que les tentatives d'écarter les parties de ce chemin échoueront", estime le ministère des Affaires étrangères.
La relance des liens russo-américains est l'une des grandes priorités diplomatiques de Moscou et Washington après les graves tensions apparues pendant la présidence de George W. Bush.
Jusqu'à présent, le principal symbole de ce rapprochement avait été la signature en avril par MM. Medvedev et Obama du nouvel accord START sur la réduction de l'arsenal nucléaire stratégique des deux pays.
C'est d'ailleurs la volonté de ne pas gêner la ratification de START qui explique que l'administration américaine ait "balayé sous le tapis" cette affaire d'espionnage, selon Ariel Cohen, chercheur à la conservatrice Heritage Foundation.
Pour lui, c'est le "mauvais signal" à envoyer alors que "les Russes nous prennent toujours comme cible pour l'espionnage et de leurs armes nucléaires".


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