Les députés de la minorité semblent avoir bien lu le communiqué combatif du Courant du futur, publié de manière significative à partir de Koraytem même, au sujet des attaques contre la Finul. Ils y voient une riposte aux allégations des cadres du Hezbollah qui accusent les Casques bleus d'altérer les règles d'action impartiale découlant de la 1701, pour répondre aux vœux des Israéliens et des Occidentaux. Ce qui ne les empêche pas de prétendre que les habitants ont agi d'eux-mêmes, impulsivement.
Alors qu'aux yeux des loyalistes, tout comme de l'ONU elle-même et des capitales, il est évident que les incidents résultent d'un plan établi par le Hezbollah. En relation avec les développements régionaux, le nucléaire iranien, les flottilles de paix. Et surtout, en rapport avec le Tribunal spécial sur le Liban qui doit rendre public avant la fin de l'année en cours l'acte d'accusation de son procureur, Daniel Bellemare. Dont les conclusions, selon des rumeurs persistantes répercutées notamment par le Der Spiegel allemand, et reprises par le concert des médias internationaux, arabes en tête, mettraient en cause des éléments ou des sympathisants du Hezb. Notamment pour ce qui est des communications de cellulaire interceptées lors de l'attentat contre l'ancien président du Conseil Rafic Hariri. Il y a quelque temps, des pôles alliés au Hezbollah, dont Wi'am Wahhab, avaient prévenu qu'un acte d'accusation orienté contre le parti de Dieu pourrait provoquer des réactions de terrain mettant en péril la paix civile au Liban. Pour préciser sommairement que le pouvoir officiel est tenu de se démarquer du Tribunal international, de s'y opposer même, pour éviter l'implosion intérieure. En d'autres termes, le choix suggéré est simple : ou la paix civile, ou la soumission à la procédure judiciaire, synonyme de quête de vérité.
Ces menaces, jugent les loyalistes, connaissent un début d'exécution préventive, un premier avertissement sans frais, à travers les incidents du Sud. Le message étant qu'une mise en cause, à La Haye, du Hezbollah déclencherait dans la partie méridionale du pays une escalade de terrain, visant la Finul et par ricochet l'armée et l'État, dégradation brutale qui ne manquerait pas de faire tache d'huile partout ailleurs. Avec un 7 mai généralisé contre tous les légalistes, le 14 Mars et les indépendants. Sans exclure des parties opposantes qui ne sont pas d'accord pour que le Liban tourne le dos à la légalité internationale et à la 1701.
Les majoritaires répètent que le timing prouve par lui-même que les incidents du Sud n'ont rien de fortuit et découlent d'un programme préétabli, que le Hezbollah l'admette ou non. Ils rappellent que les Casques bleus ont été déployés pour épauler l'armée libanaise après la guerre de juillet 2006 à la demande unanime de l'État et des parties libanaises. Une approbation complète puisque le Hezbollah, le mouvement Amal et le 8 Mars étaient représentés au sein du gouvernement Siniora. Et avaient souscrit aux 7 points établis par le président du Conseil pour solliciter l'intervention des Nations unies en vue de la levée du blocus maritime israélien et de la cessation des hostilités. Cette requête, rappellent encore les loyalistes, avait été élaborée en concertation étroite avec le président de la Chambre, Nabih Berry, qui avait alors rendu un vibrant hommage au président Siniora. En lançant même qu'à ses yeux le gouvernement se comportait en grand résistant.
Opportunisme
Le Hezbollah avait certes estimé que l'aménité du chef d'Amal était excessive. Mais, premier concerné, il n'avait pas été le dernier à contresigner les 7 points. D'autant qu'ils permettaient au Liban de se soustraire au fameux chapitre sept répressif onusien. En obtenant une sorte de six et demi, dans la mesure où l'article 12 de la 1701 édicte que « la force internationale provisoire au Liban est autorisée à prendre toutes les mesures qu'elle jugerait bon, dans ses zones de déploiement, et d'utiliser les capacités adéquates pour que son champ de présence ne soit pas utilisé à des fins d'opérations hostiles, de quelque genre que cela soit. Elle est autorisée à contrer toutes les tentatives visant à l'empêcher par la force de remplir son devoir ». Ce texte octroie donc, très clairement, toute liberté de mouvement à la Finul dans les régions où elle se trouve déployée.
Les députés loyalistes enchaînent en observant que les soi-disant habitants, qui n'agissent manifestement pas motu proprio, ne peuvent pas se mettre en marge de l'État, des institutions et défier la loi. Ils n'ont pas du tout le droit de s'en prendre directement aux Casques bleus, de les caillasser en faisant des blessés, de saisir leurs véhicules. En cas de faute, et d'intrusion abusive des militaires étrangers, ces villageois n'avaient qu'un seul choix admissible : se plaindre à l'État et à l'armée.
Préjudices
Une source ministérielle relève que la crédibilité internationale du Liban, qui en a déjà pris un coup, serait totalement gommée si les incidents devaient reprendre. Déjà, les pays européens, en condamnant les attaques contre la Finul, ont signifié à l'État libanais qu'ils n'accepteraient pas la reprise de ces incidents. Façon de l'en tenir éventuellement responsable, dans ce sens qu'il n'aurait qu'à s'en prendre à lui-même en cas de retrait de leurs contingents. Ce responsable reconnaît que l'État doit se hâter d'assumer une présence marquante au Sud, pour en protéger la population et la terre. Tout en coopérant avec la Finul pour empêcher, ou réprimer, des infractions. Sans quoi, estime ce ministre, on courrait encore plus vite vers un Liban fractionné de fait en régions confessionnelles, ou partisanes, comme du temps de la guerre et des milices.
Cependant, l'ONU ne trouve pas entièrement grâce aux yeux des loyalistes. Ils reprochent à son émissaire Michael Williams d'avoir enfreint le protocole, et surtout l'échelle des valeurs politiques fondamentales, en s'entretenant avec le président de la Chambre avant de rencontrer le chef de l'État. Ils ajoutent que si l'envoyé de Ban Ki-moon avait voulu bousculer les usages à des fins entièrement pratiques, il aurait dû conférer d'abord avec les détenteurs de la décision légale. C'est-à-dire les membres concernés de l'exécutif : le président de la République, commandant suprême des armées, le président du Conseil, les ministres de la Défense et des Affaires étrangères. Ce sont en effet ces deux départements que la 1701 consacre comme interlocuteurs officiels de la Finul. En outre, Williams est accusé de faciliter par son étrange démarche les tentatives persistantes de brouiller les cartes entre les pouvoirs libanais au niveau des prérogatives. Les loyalistes lui en veulent d'autant plus que son entretien avec Berry n'a rien donné, puisque de nouvelles attaques ciblant les Casques bleus se sont produites par la suite.
Sur le terrain, une réunion doit se tenir aujourd'hui au Sud, sous la supervision d'officiers supérieurs libanais, des représentants de la Finul, du Hezbollah et des villages pour étudier les moyens à mettre en œuvre en vue de prévenir de nouvelles frictions. À ce propos, un ministre indique que lors du débat sur le renouvellement du mandat de la Finul à la fin août, le Liban va demander non pas une modification de ses mécanismes de fonctionnement, mais la prolongation automatique de sa mission. Tant que la 1701 n'aura pas été entièrement appliquée et que la situation frontalière ne sera pas totalement pacifiée. Une question que le Conseil de sécurité doit examiner le 14 du mois en cours, lors de la discussion du rapport Ban Ki-moon.


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