La prison de Roumieh sera bientôt équipée d’une nouvelle cuisine.Photo Michel Sayegh
Des prisons en chantier
« La surpopulation carcérale est également problématique », observe M. Nachabé, estimant que le problème est de moindre gravité qu'en Europe, l'espace personnel n'étant pas une notion très répandue au Liban. Il affirme cependant que de nouveaux centres de détention seront construits, dans l'objectif de désengorger les prisons. Ainsi, souligne Diane Mecattaf, « le Conseil des ministres a voté un budget de 19 milliards de livres libanaises pour la construction de deux prisons, au Nord et au Sud ». Elle ajoute qu'à la mi-avril, les prisonniers détenus à Zahlé ont été transférés à la nouvelle prison pour hommes de la ville, d'une capacité de 500 personnes, dont la construction avait été entamée il y a douze ans. Elle loue à ce niveau la contribution de l'ONG locale Offre-Joie.
Nombre de prisons seront également réaménagées. Mme Mecattaf indique que la prison pour femmes de Zahlé est en chantier. « Grâce à l'association Dar el-Amal et à l'ONG italienne Ricerca et Cooperazione, une cuisine et une cour seront construites. Les cellules et les salles de bains seront réaménagées », explique-t-elle. Et d'ajouter que la coopération italienne envisage de réhabiliter la prison de Halba au courant de l'été. Enfin, le ministère de l'Intérieur est en voie de finaliser, avec l'agence suisse « Suiss Agency for Development and Cooperation », la réhabilitation du bâtiment central de Roumieh. En parallèle, dans le cadre de l'opération Septième Jour, l'USJ travaille à l'élaboration des plans de la nouvelle cuisine qui sera installée à Roumieh. Cette cuisine, d'une capacité de 5 000 repas, sera équipée par la coopération italienne. Un four à pain sera parallèlement offert par l'Onudc (Office des Nations unies contre la drogue et le crime).
« Dramathérapie » et cours de cuisine
Omar Nachabé insiste aussi sur l'engagement du ministre Baroud à « fermer tous les centres de détention situés sous terre », à l'instar du centre de rétention de la Sûreté générale, secteur Palais de justice, « qui vont à l'encontre des lois internationales que le Liban s'engage à respecter ». « Après des mois de recherche, un terrain a été localisé pour la construction d'un nouveau centre de rétention pour étrangers à Roumieh, précise à ce propos Diane Mecattaf. Ce projet sera financé en grande partie par l'Union européenne. »
Le spécialiste des prisons évoque, de plus, l'aspect positif de certaines activités mises en place dans les prisons, avec l'aide de la société civile, notamment les ateliers de « dramathérapie ». « Ces ateliers ont encouragé les pays amis à soutenir les programmes au sein des prisons », affirme-t-il. Il observe que les détenus de Roumieh pourront bénéficier d'ateliers de cuisine dès que la nouvelle salle sera installée. Diane Mecattaf note, de plus, que le ministère de l'Intérieur est à la recherche de fonds pour financer un atelier de couture au sein de la prison pour hommes de Tripoli. Elle évoque également le projet de réaménagement de la bibliothèque de Roumieh et d'autres centres de détention.
Par ailleurs, Omar Nachabé révèle que « des chercheurs universitaires indépendants » travaillent à la rédaction d'un rapport compréhensif sur l'ensemble des 24 prisons du pays. « Il est indispensable d'identifier les prisons qu'il faut fermer et les mesures à prendre pour les autres », souligne-t-il.
Les réalisations du ministère de l'Intérieur ne s'arrêtent pas à l'infrastructure des prisons. Omar Nachabé tient à préciser que le ministre Ziyad Baroud est soucieux de préserver les droits des prisonniers. « Il est aussi convaincu que le problème des prisons est la preuve du recul des valeurs des droits de l'homme. » « Dans ce cadre, M. Baroud a notamment demandé la mise en place d'une enquête pour des accusations de torture dans certains centres de détention », affirme-t-il. Et de souligner que le ministre met toutefois en garde contre les mutineries, affirmant qu' « aucune action positive ne sera envisagée suite à des actes subversifs de la part des détenus ».
A.-M.H.

