Les bulldozers à l’œuvre dans cette colline verte. En bas, on constate la route en partie fermée. Vers le haut de la colline, on remarque le drapeau libanais flottant sur le palais de Baabda.
De son bureau qui fait directement face au chantier, le nouveau président de la municipalité de Baabda, Henri Hélou, montre de la main le trou béant, et ne décolère pas. « C'est un projet résidentiel, dit-il. Le permis a été accordé au temps de l'ancien conseil municipal. Pour ma part, je n'aurais jamais signé un tel permis. L'immeuble se trouvera directement sur la voie publique. Que se passera-t-il quand les habitants des seize appartements recevront des visiteurs ? »
Sur ce point, le promoteur Georges Aoun, également interrogé par L'Orient-Le Jour, répond que le problème est dans la loi. « Le président de la municipalité m'a déjà demandé d'assurer un parking pour visiteurs et je l'ai fait, puisque je prévois trois voitures pour chaque appartement, dit-il. Or c'est plus que ne me demande la loi. Celle-ci autorise la création de parkings tout autour de l'immeuble. Si la législation donnait plus de latitude pour la construction de parkings souterrains, il y aurait davantage de place pour planter des arbres. C'est la loi qui est responsable si le Liban est défiguré. Pour ma part, je suis un décorateur de formation, et mes projets sont connus pour être particulièrement verts et esthétiques. »
Si la colline a été préservée jusque-là, c'est que les terrains, bien qu'appartenant à des particuliers, tombent dans une zone de sécurité autour du palais présidentiel, dans laquelle les constructions sont interdites. Selon M. Hélou, le promoteur de ce projet a obtenu l'aval du palais qui, apparemment, n'y a pas vu une menace pour la sécurité. « Du coup, selon nos informations, le prix du mètre carré a grimpé de 300 dollars à 2 000 dollars, et d'autres constructions suivront, estime-t-il. Toutefois, les dégâts sont déjà bien visibles sur cette façade de la ville. Il y a déjà eu abattage de 32 pins et de cinq chênes. Et comme le promoteur a construit sur pratiquement tout le terrain, qui est très escarpé, cela signifie qu'il n'aura plus de place pour les planter ailleurs. »
Les papiers du promoteur sont-ils en règle ? « Malheureusement, aux yeux de la loi, le permis est tout à fait valable, répond le président de la municipalité. Mais il est question plus de bon sens que de loi dans ce cas. Permettre des constructions dans ce secteur équivaut à détruire la montagne, parce que les constructeurs seront obligés, dans ce terrain difficile, de creuser très loin. Qu'en restera-t-il ? Faut-il sacrifier les rares espaces verts restants sous prétexte que tout terrain est constructible ? »
M. Aoun répond à ces points. « Pour ce qui est de la zone de sécurité autour du palais présidentiel, je vous fais remarquer qu'il y a deux autres immeubles un peu plus haut, dont la construction est plus avancée que les miens, et je peux vous assurer que certains des appartements ont été achetés par des députés et ministres actuels, affirme-t-il. Dans le cas de mon chantier, tous mes papiers sont en règle, et même la municipalité n'a pas pu me reprocher cela. L'autorisation du palais avait été obtenue par les précédents propriétaires puis de nouveau par moi. J'ai déjà prévenu la municipalité : s'ils veulent me décourager de poursuivre mon chantier, je le revendrai aux anciens propriétaires qui ne seront que trop heureux de l'acquérir de nouveau, étant donné que les travaux d'excavation auront été finalisés. Or moi, je compte replanter des arbres. »
Quelle est la marge d'action de la municipalité dans ce cas ? « Je peux vous assurer que je ne signerai plus aucun permis dans cette région, durant mon mandat, quelles que soient les pressions, assure M. Hélou. Pour ce qui est de ce chantier, j'exige du promoteur qu'il plante deux fois plus d'arbres qu'il en a arrachés, c'est-à-dire 64, dans les bois environnants. Je ne compte pas lui faciliter les permis de travail tant qu'il ne se sera pas engagé à le faire. Jusque-là, il est en train d'obtenir des permis pour fermer une partie de la route auprès du mohafazat. » Sur ce dernier point, M. Aoun dit espérer que les travaux qui ont requis la fermeture d'une partie de la route seront terminés d'ici au milieu de la semaine prochaine.
M. Hélou conclut : « Sur un plan plus général, je commence à soulever, avec les constructeurs, la question du parking pour visiteurs, non exigé par la loi mais très important. De plus, à la municipalité, nous avons pris la décision d'enclencher le processus d'un changement de zoning dans la ville, afin de préserver le caractère de la région. De 2008 à 2010, quelque 130 nouveaux immeubles ont été construits, qui vont de plus en plus haut malgré les limites imposées par la loi. Il faut mettre un frein à ce phénomène avant que le visage de la localité ne soit totalement modifié. »

