Policiers et journalistes se pressent autour du siège du ministère de la Protection du citoyen. Le bâtiment abrite également les locaux de la préfecture de police. Louisa Gouliamaki/AFP
Les enquêteurs cherchent « la faille, le maillon faible » ayant permis au colis d'atteindre, au 7e étage du ministère, les bureaux du ministre de la Protection du citoyen, Michalis Chryssohoïdis, a déclaré à l'AFP un porte-parole de la police Thanassis Kokkalakis. « Nous ne savons pas si c'est une erreur humaine ou technique, il est trop tôt pour imputer le problème à une négligence », a dit M. Kokkalakis. « Aucun lieu au monde ne peut être sécurisé à 100 % », a-t-il plaidé. Le chef de la sécurité du ministre, Georges Vassilakis, 52 ans, a été tué alors qu'il ouvrait le colis, décrit comme une « petite boîte ». Il se trouvait alors dans son bureau, situé à une dizaine de mètres de celui du ministre qui s'y trouvait à ce moment-là, selon la police. L'accès au ministère, également le siège de la police, est soumis à deux contrôles, mais ceux-ci ne comportent pas de système spécifique de détection des explosifs.
Le colis piégé contenait un mélange de 500 grammes de poudre et de nitrate d'ammonium, et les démineurs ont également trouvé les restes d'une batterie et un crochet destiné à activer l'explosion lors de l'ouverture du paquet, a-t-on précisé de source policière. Le paquet était adressé à M. Chryssohoïdis. « Pour un porteur de bombe, l'entrée est quasi impossible, mais passer un paquet est plus facile », a commenté à la radio Vassilis Doumas, dirigeant syndical des policiers chargés des contrôles. Il n'a pas exclu que le paquet ait été apporté de la permanence politique du ministre par un collaborateur, une thèse également évoquée par les médias.
Dans l'attente d'une revendication, la police « n'exclut aucune piste », a ajouté M. Kokkalakis. « La plus probable est celle du terrorisme local, mais ce n'est qu'en remontant le trajet du paquet qu'on pourra s'orienter », a-t-il expliqué. Le Premier ministre Georges Papandréou a répété hier devant le Parlement qu'il s'agissait d'une « attaque terroriste », survenue alors que la Grèce traverse une grave crise économique et sociale, contrainte à une cure d'austérité d'une sévérité inédite pour échapper à la banqueroute. Les enquêteurs ne se hasardaient dans l'immédiat à désigner aucun groupe précis de la mouvance extrémiste grecque, faute de précédent dans le mode opératoire.
M. Chryssohoïdis était chargé du même portefeuille à l'époque du démantèlement, en 2002, du groupe « historique » grec du 17 Novembre, responsable d'une vingtaine d'assassinats depuis 1975. Le ministre, qui a affirmé sa volonté de reprendre en main une police accusée d'amateurisme, a été aussi crédité du coup porté en avril au groupe Lutte révolutionnaire (EA), avec l'arrestation de six militants. Figurant sur la liste des organisations terroristes de l'Union européenne et des États-Unis, EA a revendiqué depuis 2003 quinze attentats, dont un mitraillage dans lequel un policier a été grièvement blessé en janvier 2009. Le groupe d'extrême gauche avait aussi signé un attentat avorté à la bombe en mai 2006 contre la voiture d'un prédécesseur conservateur de M. Chryssohoïdis.
D'autres extrémistes s'en sont pris à des cibles policières depuis la mort en décembre 2008 à Athènes d'un adolescent tué par un policier, une bavure qui avait provoqué des violences urbaines dans le pays.

