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Culture - Correspondance

Les amours impressionnistes des sœurs Davis

Que faisaient, il y a cent ans, deux sœurs célibataires et riches héritières aux goûts avant-gardistes en l'absence de sites Internet « people » et autres évasions nocturnes ? Elles collectionnaient des œuvres d'art impressionnistes et post-impressionnistes.

Gwendoline et Margaret Davies.

Tout récemment, la Corcoran Gallery of Art à Washington a donné à voir une exposition intitulée «De Turner à Cézanne: chefs-d'œuvre de la collection Davies». Au total, 53 œuvres reflétant le caractère et la personnalité de leurs propriétaires: Gwendoline (née en 1888) et Margaret (née en 1884) Davies. Elles étaient les héritières d'une immense fortune amassée par leur grand-père dans les secteurs du charbon et du transport de marchandises. Originaires du pays de Galles et élevées dans la foi calviniste qui prône la vie simple des premiers chrétiens, elles n'ont jamais été tentées par le grand monde, ses paillettes, son lustre et ses fracas. Certes, elles se rendaient souvent à Venise et possédaient une demeure à Londres, mais elles avaient opté pour une existence profil bas et sans fioritures. Leur seul luxe, l'acquisition de toiles de maîtres.
Après avoir reçu chacune un legs équivalent aujourd'hui à 50 millions de dollars, elles ont commencé, dans leur vingtième année, à s'adonner à leur hobby. Leur premier achat: deux paysages de Corot. A suivi une toile de Turner à l'accent dramatique. Puis, les deux sœurs ont regardé du côté des impressionnistes : une scène vénitienne par Monet et un paysage neigeux réalisé aussi par Monet durant la guerre franco-prussienne. Leurs choix portaient sur des compositions à leur image, feutrées et toutes en retenue. Entre autres, des Daumier à dominante sépia, le pont de Londres enfoui sous des nuages rosées, un paysan de Millet luttant contre le vent, le mont Saint-Victoire de Cézanne. Seule note colorée et lumineuse, le portrait d'une jeune actrice par Renoir. Elle est vêtue d'une robe en taffetas bleu indigo et d'un charmant bibi du même ton. Un physique et une attitude tout en assurance et présence, à l'opposé de l'esprit de ses sages «acquéreuses» qui, néanmoins, comptent parmi les plus grands noms des collectionneurs anglais avant-gardistes du XXe siècle. Elles avaient fait don de leurs œuvres d'art au Musée national du pays de Galles. Quoique vivant en solitaires, elles aspiraient à influencer et valoriser la vie culturelle dans leur contrée et au-delà.

Des bobos recluses
Durant cette période cruciale du développement des arts, elles étaient ouvertes aux innovations, sans pour autant fréquenter la gent bohème. Dans un sens, elles étaient des bobos récluses. Leur collection, constituée entre 1908 et 1925, portait essentiellement sur l'art français, en particulier des paysages et des évocations de femmes et d'enfants. Elles coulaient leurs jours dans leur demeure victorienne, Greynog Hall, transformée plus tard en centre de conférences. Elles y ont également créé un festival annuel de musique qui existe toujours. Durant la Première Guerre mondiale, elles s'étaient engagées dans la Croix-Rouge française pour aider à soigner les soldats blessés. L'une d'entre elles, Gwendoline, avait profité de son séjour parisien pour faire un shopping pictural : entre autres, deux célèbres Cézanne (un Paysage provençal et le Barrage Zola). À la fin de la guerre, elles se sont davantage impliquées dans le domaine philanthropique, notamment dans la Ligue des nations.
Tout récemment, la Corcoran Gallery of Art à Washington a donné à voir une exposition intitulée «De Turner à Cézanne: chefs-d'œuvre de la collection Davies». Au total, 53 œuvres reflétant le caractère et la personnalité de leurs propriétaires: Gwendoline (née en 1888) et Margaret (née en 1884) Davies. Elles étaient les héritières d'une immense fortune amassée par leur grand-père dans les secteurs du charbon et du transport de marchandises. Originaires du pays de Galles et élevées dans la foi calviniste qui prône la vie simple des premiers chrétiens, elles n'ont jamais été tentées par le grand monde, ses paillettes, son lustre et ses fracas....
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