Si l'été s'annonce incontestablement prospère avec l'afflux prévu de visiteurs libanais ou étrangers, l'automne pourrait, lui, être chaud politiquement, et même sur le plan sécuritaire. Avec le vote au Conseil de sécurité de nouvelles sanctions contre l'Iran, plus contraignantes que prévu, et l'affaire de la « flottille de la liberté » qui a fait monter la tension régionale d'un cran, les rumeurs sur une éventuelle attaque israélienne contre Téhéran ou contre le Liban reviennent en force dans les coulisses diplomatiques.
Certains diplomates vont même jusqu'à souligner que si l'Iran concrétise sa menace de fouiller à son tour les navires occidentaux s'approchant de ses côtes, l'attaque sera inévitable et obtiendra le feu vert américain. Ces diplomates ne mettent certes pas en doute la tendance pacifiste du président américain Barack Obama, mais ils estiment qu'au train où évoluent les événements, il serait de plus en plus affaibli, alors que l'aile dure serait en train de se renforcer.
Deux échéances importantes sont avancées : le début du retrait des troupes américaines d'Irak en septembre, qui permettrait à l'administration américaine de se sentir plus libre et de ne plus avoir le sentiment que ses « boys » sont « des otages en sursis » en Irak ; et le vote de la mi-mandat au Congrès en novembre, qui montrerait, selon ces diplomates, une avancée des conservateurs par rapport à l'élection présidentielle, il y a deux ans.
Or, toujours selon les sources diplomatiques, l'affaiblissement de l'actuel locataire de la Maison-Blanche ne peut que servir l'aile dure américaine et son allié objectif, le gouvernement israélien, qui n'a jamais caché son souhait d'attaquer l'Iran, ou, en tout cas, ses installations nucléaires.
Au Liban, le vote au Conseil des ministres au sujet des sanctions contre l'Iran a mis la puce à l'oreille de certaines parties au sein de l'ex-opposition. D'abord, ces parties ont eu un indice concret de l'influence américaine encore importante sur la classe politique libanaise, puisque, selon un scénario soigneusement concocté, le vote des ministres s'est soldé par l'égalité totale entre les deux camps, surtout après un forcing de l'ambassadrice des États-Unis auprès de plusieurs parties politiques. De plus, le vote à peine terminé, l'affaire de l'accord de coopération signé entre Washington et le gouvernement précédent, représenté par le directeur général des FSI Achraf Rifi, et contesté par le Hezbollah qui réclame son abrogation, a été déférée devant le Conseil constitutionnel. Ce qui laisse prévoir que son examen prendra beaucoup de temps...
Enfin, une véritable campagne contre le Hezbollah et ses armes a été déclenchée devant des instances arabes et internationales par certaines parties chrétiennes. Des sources proches de l'ex-opposition n'excluent pas le hasard dans la concomitance de ces rendez-vous à l'étranger, mais elles penchent plutôt pour la thèse d'une orchestration unifiée visant à préparer le terrain à la publication de l'acte d'accusation du TSL qui, selon des rumeurs persistantes, devrait impliquer des membres du Hezbollah, en se basant sur les huit lignes téléphoniques qui auraient communiqué entre elles avant l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri puis auraient totalement disparu de la circulation. D'ailleurs, selon certaines informations, le président du TSL, le juge italien Antonio Cassese, aurait évoqué cette question avec un haut responsable libanais, au cours de sa dernière visite à Beyrouth, et celui-ci aurait répondu par le commentaire suivant : « La paix civile au Liban est entre les mains du TSL. »
Même si le scénario qui consisterait à faire assumer l'exécution de l'assassinat à un groupe qui aurait fait dissidence au sein du Hezbollah et qui n'aurait pas agi sur ordre de sa hiérarchie serait envisagé, il aurait quand même pour conséquence de discréditer le Hezbollah auprès de l'opinion publique locale, arabe et internationale. D'autant que cette formation est particulièrement soucieuse de se présenter comme un groupe discipliné, strictement engagé dans la cause de la résistance.
Discrédité, le Hezbollah serait forcément affaibli, et soit cela faciliterait une opération israélienne contre lui, soit cela entraînerait des problèmes internes au Liban, qui serviraient les intérêts des Israéliens. Des sources de l'ex-opposition précisent que le TSL ne peut pas retarder indéfiniment la publication de l'acte d'accusation, car ses bailleurs de fonds pourraient arguer de la lenteur de son travail pour refuser de continuer à le financer. Pour cette raison, le TSL devrait publier l'acte d'accusation avant la fin de l'année et, soit il reste dans le flou, soit il porte des accusations précises. Dans les deux cas, la situation serait délicate pour le Liban et, avec les changements régionaux prévus à partir de l'automne, les nuages pourraient bien commencer à s'accumuler... Déjà, chaque décision du gouvernement est prise à l'arraché et la contestation sociale commence à se manifester, comme pour bien montrer que les institutions étatiques ne fonctionnent pas encore comme elles le devraient.

