Ara Azad devant ses portraits surdimensionnés. (Michel Sayegh)
Aujourd'hui, il est à la galerie Janine Rubeiz présentant ses «Aspérités» - ou «Misam», selon la traduction en arabe d'Amale Dibo -, après plusieurs allers-retours dans ce pays du Cèdre qui le séduit et l'attire à cause, dit-il, «de son lever de lune, de ses pêcheurs, des rochers du Haut-Metn, des oliveraies ainsi que du berger menant son troupeau. Tout comme le besoin indescriptible de cette terre», ajoute-t-il.
La joie de créer
Ara Azad parle de ces portraits, de ces visages réunis en une très belle composition réalisée «par respect de la toile, car elle se doit de témoigner de ce long processus de cheminement de la pensée et de la réflexion de l'artiste », précise-t-il. Ces portraits sont-ils seulement des figures humaines ou sont-ils également des plages de couleurs, des strates produites par les hachures, les lavis, les coups dynamiques de brosse ou encore les empreintes de mains ? Ce travail évoque les traces de déchirures et de joies que l'artiste a porté en lui. Dissimulant tantôt des paysages, des arbres, une branche d'où pend une pomme rouge, ou encore des vagues tumultueuses qui se fondent dans le bleu de la toile, ces figures sont pour Ara Azad les aspérités de la vie. Si, ensemble, elles dégagent de la force, elles ont pourtant leur propre vie et leur propre identité. Comme une petite note qui s'harmonise avec une autre afin d'aboutir à une mélodie.
L'artiste parle avec joie de ces œuvres réalisées au fil des années et qu'il a fini par rassembler dans une «cordée». Il caresse ses toiles comme si on caressait la peau. Si pour lui, l'art est fragile, l'artiste n'a pas craint d'envoyer ses toiles à des adresses précises, mais à des destinataires inconnus. D'ailleurs, celles-ci portent avec évidence les timbres postaux. Quand on lui demande le pourquoi de sa démarche, il répond simplement: «Parce que cela m'intriguait de savoir que des centaines de personnes allaient tenir cet art fragile (camionneurs, transporteurs, facteurs et autres) en laissant une part d'eux-mêmes sur les œuvres.» «Ces toiles me sont revenues intactes, ajoute Azad, mais enrichies d'une dimension humaine universelle. »
Par ce processus, Ara Azad aura reproduit les aspérités humaines, absorbé les émotions afin de les traduire en expressions faciales et cautérisé les blessures avec ce « Misam ».
* Galerie Janine Rubeiz. Ouverte du mardi au vendredi, de 10h00 à 19h00, samedi, de 10h00 à 14h00. Tél. : 01/868290.

